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    <title>Thierry Crouzet</title>
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    <description>Auteur de Mon père, ce tueur, L'homme qui ne comprenait pas les femmes, One Minute, Résistants, J'ai débranché, Ératosthène, Le geste qui sauve, La mécanique du texte, La quatrième théorie…</description>
    <lastBuildDate>Fri, 08 May 2020 17:26:54 +0200</lastBuildDate>
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      <title>Bilan de deux mois de confinement</title>
      <link>https://tcrouzet.com/2020/05/06/bilan-de-deux-mois-de-confinement/</link>
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      <dc:creator><![CDATA[Thierry Crouzet]]></dc:creator>
      <pubDate>Wed, 06 May 2020 08:36:07 +0000</pubDate>
      <category><![CDATA[Série]]></category>
      <category><![CDATA[Confinement]]></category>
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      <content:encoded><![CDATA[<h3>Confinement #41 | <a href="https://tcrouzet.com/tag/confinement">Sommaire</a> | <a href="https://tcrouzet.com/2020/05/06/bilan-de-deux-mois-de-confinement/">Lire en ligne</a></h3><figure><img src="https://i0.wp.com/tcrouzet.com/images_tc//2020/05/P1110061.jpeg?fit=600%2C450&ssl=1"/><figure/><p>J’ai éprouvé un soudain dégoût du coronavirus. Tout ce qui se dit au sujet de la pandémie me donne la gerbe, et je n’ai pas envie de m’enfoncer les doigts au fond de la gorge. Je ne veux plus être un de ceux qui prévoient que le monde sera le même, ou pire, ou différent, ou même mieux, un de ceux qui en profitent pour mener leurs luttes politiques, un de ceux qui tombent sur le gouvernement ou qui viennent à son secours.<span id="more-54217"></span></p>
<p>J’ai atteint l’overdose, notamment une overdose médiatique. Parce que depuis début janvier, j’ai passé ma vie le nez dans les news, avec tout ce qu’elles ont de déprimant et d’anxiogène, non pas que ce soit la faute des journalistes, mais plutôt de nous-mêmes, toujours prompts à nous ruer vers les faits les plus sombres.</p>
<p>Désormais, même les carnets de confinement m’indiffèrent. Les voix des anonymes, des artistes, des intellectuels se ressemblent, toutes réunies dans une norme marécageuse dans laquelle je me suis noyé et dont je tente de m’arracher pour échapper à la mort cérébrale que constitue le ressassement.</p>
<p>J’avais réglé Flipboard, mon agrégateur de news, pour tout recevoir sur le hashtag #coronavirus. Plus les jours passaient, plus je supprimais des sources, tel site faisait de la cuisine pour confinés, tel autre parlait du sexe pour confinés ou de la vie des stars malheureuses durant le confinement. À la fin, il ne me restait plus que les sources scientifiques que je lis d’habitude. Le cercle était bouclé, le coronavirus était devenu un sujet comme un autre, le confinement une non-expérience.</p>
<p>En moi, il n’en reste rien excepté un sentiment de frustration. Frustration d’abord contre l’État policier, l’État bêtifiant, l’État centralisé, l’État qui nous nie. C’est un sentiment ancien chez moi que le confinement n’a fait que réveiller, me faisant reprendre une tenue de combat que je croyais définitivement rangée après des luttes vaines et fatigantes.</p>
<p>J’avoue que j’ai senti des forces renaître en moi et hors de moi, mais trop désordonnées pour qu’elles soient durables, qu’elles créent un mouvement porteur qui aurait une chance d’avoir un impact. L’urgence n’est pas encore assez grande, les concepts sont trop intellectuels, les désirs divergents. Il y a un terreau indéniable pour quelque chose d’autre mais encore infécond, ou peut-être par nature enterré dans le champ de l’utopie. Je réapprendrai donc à vivre avec ma frustration, continuant à fulminer intérieurement contre les fixistes majoritaires qui veulent que rien ne change et les non moins dangereux adeptes de l’effondrement qui tirent un profit personnel des peurs sous-jacentes, de la même manière que les médias, selon les mêmes mécanismes générateurs d’audience.</p>
<p>Ai-je vécu quelque chose d’autre durant le confinement ? La douleur physique à coup sûr. Parce que je souffrais avant d’une capsulite peu sévère et qui faute de séances de kiné est devenue sévère sans que je puisse être soulagé par une infiltration d’hydrocortisone sous arthroscanner parce que les centres d’imagerie médicale autour de chez moi étaient fermés pour ce genre de bobos qui vous donne l’impression qu’on vous plante un couteau dans l’épaule et qu’on s’amuse à retourner la lame.</p>
<p>System failure ! Avant-goût d’effondrement ? Même pas, parce que si j’étais ministre, sportif de haut niveau ou capitaliste, j’aurais reçu mon injection de corticoïde et la vie aurait continué comme avant. Avec le confinement, je me suis senti à ma place, ni trop haut dans cette société, ni trop bas, et d’ailleurs plutôt vers le haut que vers le bas, vu mon cadre de vie.</p>
<p>Finalement, j’ai surtout vécu avec frustration de sentir mes libertés contraintes, la frustration de devoir rester chez moi pour les mauvaises raisons, comme si chez nous en France il fallait toujours souffrir pour régler les problèmes, comme si tout progrès ne pouvait que se faire qu’au nom d’un sacrifice, aussi minime soit-il.</p>
<p>Cette frustration paraît dérisoire, mais elle a impacté ma maman plus durement. À 81 ans, le confinement l’a fait se recroqueviller sur elle-même. Elle n’a cessé de répéter « À quoi bon vivre comme ça ? ». Elle a perdu du poids, ne s’est pas habillée certains jours, n’est même pas sortie dans son jardin. Nous nous sommes confinés pour éviter un massacre chez nos aînés, mais on ne leur a même pas demandé leur avis. Ma maman aurait été contre, et beaucoup d’autres avec elle. Survivre ne suffit pas pour vivre. J’ai fini par conseiller à ma maman de sortir, de braver le coronavirus, et elle a repris du poil de la bête.</p>
<p>Je ne tire qu’un enseignement de cette mésaventure du confinement : les libertés individuelles ne peuvent s’épanouir qu’aux dépens des libertés des entités juridiques (églises, États, entreprises…). La liberté individuelle doit rester notre objectif, toute restriction des libertés individuelles est contre-productive. Avant toute décision, on devrait se demander si elle accroît ou non les libertés individuelles. Sinon, on devrait chercher une autre solution.</p>
<p>Nous avons traversé la crise en faisant marche arrière comme nous avons fait marche arrière contre le terrorisme et que nous le ferons peut-être face aux dérèglements climatiques. J’ai amèrement pris conscience que le camp des hommes et des femmes libres était minoritaire, et même assiégé par les bien pensants, les donneurs de leçons, les pervers, les perclus de certitudes.</p>
<p>Nous nous voulons libres pour avoir le droit de nous tromper, de nous corriger, d’essayer autre chose. Nous nous voulons libres parce que nous n’avons pas de solution et qu’il nous faut en chercher. Nous nous voulons libres parce que c’est notre façon de nous sentir vivre. Libre de penser, libre de nous déplacer, libre de nous aimer.</p>
<p>Le confinement a touché à l’essentiel, à mon socle philosophique. Ce sentiment est-il partagé ? Je n’en sais rien, j’en doute quand je vois les queues aux portes McDonald dès leur réouverture ou les supermarchés recruter de nouveaux clients en leur promettant des masques médicaux. Parce que ces réactions, et surtout celles qu’elles engendrent, ne me portent pas à croire que la liberté est sortie gagnante de la crise, contrairement à nos habitudes, qui semblent vouloir récupérer au plus vite le temps perdu, regagner le cours qu’elles ont momentanément quitté, ce qui semblerait démontrer que pour la plupart notre vie nous satisfait et que rêver d’en changer quelques détails n’est même pas une perspective.</p>
<p>Il ne me reste comme toujours que le choix, tant qu’il est possible, de mener ma vie à ma guise, d’essayer de la vivre pour qu’elle soit la plus belle possible, avec la frustration de savoir qu’elle serait encore plus belle si nous étions plus nombreux à entretenir le même espoir.</p>
<p>J’aspire à vitre dans un monde sans prophète, un monde libéré de leur orgueil, on monde où nous restons curieux parce que nous n’y comprenons jamais rien, parce que les solutions d’hier ne valent pas pour aujourd’hui, un monde incertain, un monde hésitant, un monde fait pour l’aventure et non pour l’habitude.</p>
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      <title>Avril 2020</title>
      <link>https://tcrouzet.com/2020/05/01/carnet-de-route-avril-2020/</link>
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      <dc:creator><![CDATA[Thierry Crouzet]]></dc:creator>
      <pubDate>Fri, 01 May 2020 07:40:45 +0000</pubDate>
      <category><![CDATA[Série]]></category>
      <category><![CDATA[Carnets]]></category>
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      <description><![CDATA[Mercredi 1er, Balaruc Temps gris, froid, humide. Pas le courage de faire mes 20&#160;km &#224; v&#233;lo dans ce maudit cercle de 1&#160;km autoris&#233;. Je marche avec Isa. Mal au dos &#224; rester trop assis, de vieilles pathologies se r&#233;veillent d&#8217;habitude chass&#233;es par le sport intensif. Exp&#233;rience bluffante, j&#8217;&#233;coute de la musique 8D, je tourne la [&#8230;]]]></description>
      <content:encoded><![CDATA[<h3>Carnets #57 | <a href="https://tcrouzet.com/tag/carnet-de-route">Sommaire</a> | <a href="https://tcrouzet.com/2020/05/01/carnet-de-route-avril-2020/">Lire en ligne</a></h3><figure><img src="https://i1.wp.com/tcrouzet.com/images_tc//2020/04/P1100974.jpeg?fit=600%2C450&ssl=1"/><figure/><h3 class="balance-text">Mercredi 1er, Balaruc</h3>
<p>Temps gris, froid, humide. Pas le courage de faire mes 20 km à vélo dans ce maudit cercle de 1 km autorisé. Je marche avec Isa. Mal au dos à rester trop assis, de vieilles pathologies se réveillent d’habitude chassées par le sport intensif.<span id="more-54160"></span></p>
<hr>
<p>Expérience bluffante, <a href="https://www.youtube.com/watch?v=O5ooPGEiXkg">j’écoute de la musique 8D</a>, je tourne la tête pour chercher le son. C’est comme entrer dans une nouvelle dimension ou traverser une rue bruyante un jour de fête, tout en restant le cul sur sa chaise.</p>
<hr>
<p><a href="https://www.facebook.com/tcrouzet/posts/10158438212613593">Je poste mon bilan météo de la pandémie.</a> Quand les chiffres sont à la baisse, le brouillard se lève.</p>
<h3 class="balance-text">Jeudi 2, Balaruc</h3>
<p>Nuit cauchemardesque. Le confinement me brise. Mon corps ne trouve plus ses marques. Il m’ordonne de reprendre son rythme habituel et ne comprend pas pourquoi je lui désobéis. Impression de replonger dans les années avant mon burn-out numérique de 2011, de redécouvrir des souffrances oubliées, toutes liées à une sédentarité excessive. Je me vois sur le môle de Sète, encombré d’une foule épaisse, je cours, ou du moins j’essaie, je n’avance pas comme si je manquais de force. J’approche d’un bus, immense, très haut, il démarre, je suis trop petit pour appuyer sur le bouton d’ouverture de la porte. Le chauffeur me lance un regard méprisant et je me réveille.</p>
<hr>
<p>Ma responsabilité est l’action, en particulier l’action par les mots.</p>
<hr>
<p>Qu’est-ce que nous changeons dès aujourd’hui dans nos vies pour que demain soit différent ? J’ai l’impression d’avoir tout changé il y a quinze ans en renonçant à une vie cosmopolite pour m’enraciner dans mon village natal. Je ne vois pas ce que je pourrais changer à nouveau. Je ne peux pas demander aux autres d’être plus lucides que moi, d’être encore capables de faire un saut quantique dont je n’ai plus la force. Mais si nous ne changeons rien individuellement, nous ne changerons rien collectivement.</p>
<hr>
<p><a href="https://www.facebook.com/tcrouzet/posts/10158442400628593">Ce soir, nous approchons peut-être du pic de la pandémie</a> en même temps que ma simulation approche de son horizon. Un commentateur qui travaille en préfecture me dit que mes chiffres l’aident, deux bonzes lui tombent dessus, il leur répond que mes chiffres tempèrent son cerveau, et c’est bien leur seule utilité, lutter contre l’anxiété, en relativisant la crise, en la distanciant, en occultant son côté macabre tout en évitant de dramatiser.</p>
<div id="image7" class="image"><a href="https://tcrouzet.com/2020/05/01/carnet-de-route-avril-2020/img_0038/" rel="attachment wp-att-54164"><img src="https://i1.wp.com/tcrouzet.com/images_tc//2020/04/IMG_0038.jpeg?ssl=1" alt="Salon"></a><div class="legend">Salon</div></div>
<h3 class="balance-text">Vendredi 3, Balaruc</h3>
<p>Je rigole quand j’entends dire que 8 % des élèves ne donnent plus de nouvelles à leurs professeurs parce qu’ils n’auraient pas d’accès internet. Peut-être qu’ils s’en foutent, non ? Je dois me battre avec mes fils.</p>
<hr>
<p>J’ai rechuté ce matin, j’ai écrit un nouveau billet sur le coronavirus, avec fébrilité comme chaque fois. Il s’agit d’éjaculations et non d’écriture.</p>
<hr>
<p>J’appelle des copains, des copains m’appellent, nous nous donnons presque davantage de nouvelles que d’habitude, parce seul on pense à soi et à ceux qu’on aime. Cette introspection nous plonge dans un état mental propice aux rêves. Seb Musset me parle de sa vie à Paris. Des boutiques aux rayons plus vides que dans le Midi. Des flics absents qui ici nous guettent au moindre rond-point, nous traquent dans les bois et les garrigues. Nous sommes dans le même pays, mais vivons des confinements à géométrie variable.</p>
<h3 class="balance-text">Samedi 4, Balaruc</h3>
<p>Petit matin limpide au-delà de mes fenêtres. Calme plat, les cloches de l’église portent jusqu’à moi. L’étang d’huile rose. Mon voisin pêcheur lève son filet, le filet calé par mon père, et même mon grand-père, un filet toujours là comme le bateau de Thésée dans le port d’Athènes.</p>
<div id="image12" class="image"><a href="https://tcrouzet.com/2020/05/01/carnet-de-route-avril-2020/img_0097/" rel="attachment wp-att-54165"><img src="https://i1.wp.com/tcrouzet.com/images_tc//2020/04/IMG_0097.jpeg?ssl=1" alt="Calme"></a><div class="legend">Calme</div></div>
<hr>
<p>Je suis déjà accro <a href="https://www.google.com/covid19/mobility/">aux stats de Google analysant le confinement</a> pays par pays (et qui au passage révèlent une fois de plus que nous sommes traqués en permanence).</p>
<hr>
<p>La littérature est un combat. Comment rester silencieux en temps troublé ? Je ne comprends pas comment la plupart des écrivains réussissent à se taire. On ne doit pas entretenir le même rapport aux mots. Quand je dis ne pas pouvoir faire autrement qu’écrire, j’en fais la démonstration au grand jour durant la pandémie, j’exprime ma pathologie. Ceux qui ne m’imitent pas sont moins malades qu’ils le prétendent en temps ordinaire. Ou ils sont infiniment plus sages que moi, infiniment plus discrets. Pour ma part, je ressens une urgence de dire, non pas pour me montrer, mais parce que dire m’aide à vivre, à comprendre, à partager.</p>
<p>Je ne suis pas gestionnaire, je ne mène aucune économie littéraire, aucun calcul, je me moque de surproduire, d’être moins bon de temps à autre, voire médiocre, je n’ai aucune peur, aucune honte, je ne pense pas aux conséquences de ce que je fais pour mon business d’auteur. Je vis la littérature comme je respire, je la vis comme je peux, tant bien que mal. Je connais des auteurs crispés à l’idée de la moindre faute d’orthographe, je me suis délesté de ces préoccupations depuis longtemps, peut-être parce que j’ai toujours fait beaucoup de fautes, et que, si elles me faisaient peur, je n’aurais même pas commencé à écrire. Les fautes se corrigent, les petites imprécisions grammaticales aussi, la littérature, quant à elle, est une course, une bataille entre soi et le texte, une fresque peinte à coups de revolver.</p>
<p>Après le confinement, les éditeurs recevront des montagnes de manuscrits, des manuscrits produits par l’oisiveté, des manuscrits non nécessaires, à jeter sans même les ouvrir.</p>
<hr>
<p>Je teste Zwift, le simulateur de vélo d’appartement. J’avais reçu le home-trainer Saris M2 il y a deux semaines, mais je ne n’avais pas réussi à y monter un vélo faute d’un axe traversant <em>ad hoc</em>. J’ai fini par mettre une tige filetée de 12. Ça tient, mais pas top pour le vélo. J’ai roulé avec un pneu slick de 29/2.0. Il touchait le sol. J’ai été obligé de remonter le tout avec des cales en bois. Pas fait pour les VTT ce système, et je n’avais aucune envie d’y coller mon gravel en carbone.</p>
<p>Puis j’ai commencé à pédaler. <a href="https://www.strava.com/activities/3254152726">Pour rouler à 25 km/h, je devais dépenser une énergie de folie et sur l’écran je plafonnais à 100 watts.</a> Le truc faisait un bruit abominable. Pendant une heure, j’ai chevauché une perceuse électrique. Plus jamais ça. Je remets le tout dans le carton et le renvoie. Je ne fais pas du vélo pour me faire mal à la tête, et pas juste pour me faire mal aux jambes. Je préfère m’abstenir qu’en être réduit à ce machin.</p>
<hr>
<p>Pas envie de faire mon bilan météo ce soir. Pourtant, les chiffres n’ont jamais été aussi bons, on dirait que nous avons franchi le col.</p>
<div id="image20" class="image"><a href="https://tcrouzet.com/2020/05/01/carnet-de-route-avril-2020/img_0126/" rel="attachment wp-att-54166"><img src="https://i0.wp.com/tcrouzet.com/images_tc//2020/04/IMG_0126.jpeg?ssl=1" alt="Moteur rouge"></a><div class="legend">Moteur rouge</div></div>
<div id="image21" class="image"><a href="https://tcrouzet.com/2020/05/01/carnet-de-route-avril-2020/img_0128/" rel="attachment wp-att-54167"><img src="https://i2.wp.com/tcrouzet.com/images_tc//2020/04/IMG_0128.jpeg?ssl=1" alt="Port Sutel"></a><div class="legend">Port Sutel</div></div>
<div id="image22" class="image"><a href="https://tcrouzet.com/2020/05/01/carnet-de-route-avril-2020/img_0134/" rel="attachment wp-att-54168"><img src="https://i2.wp.com/tcrouzet.com/images_tc//2020/04/IMG_0134.jpeg?ssl=1" alt="Port Sutel"></a><div class="legend">Port Sutel</div></div>
<h3 class="balance-text">Dimanche 5, Balaruc</h3>
<p>Matinée à boucler un article historique sur le coronavirus, avec l’idée qu’il me servira pour mon livre. Je passe des plombes à lire des commentaires, discuter, compléter l’article. Un peu de bricolage, une heure réglementaire de vélo, les journées filent sous une belle lumière.</p>
<hr>
<p>Nous avons, semble-t-il, attaqué la descente pandémique.</p>
<h3 class="balance-text">Lundi 6, Balaruc</h3>
<p>Intéressante expérience d’écriture. Publier et ne cesser de réviser, étendre, reprendre, sourcer… Depuis hier, j’ajuste <a href="https://tcrouzet.com/2020/04/05/pourquoi-le-confinement-etait-la-seule-strategie-possible/">mon dernier article sur le coronavirus</a>. Par le passé, à la belle époque des blogs, je publiais, répondais avec de nouveaux articles, le processus créatif se déroulait selon une mécanique plus expansive. Aujourd’hui, je creuse, peut-être parce que ce texte en particulier risque de donner des petits dans mon livre.</p>
<hr>
<p><a href="https://tcrouzet.com/la-mecanique-du-texte/"><em>La mécanique du texte</em></a> dans <a href="https://actu.fr/hauts-de-france/lille_59350/la-lecture-numerique-explose-pendant-confinement-top-furet-nord-de-youboox_32701274.html">le top des livres les plus achetés en numérique chez le Furet du Nord</a>. Je regarde mes stats. Sur les trois dernières semaines, le Furet du Nord représente 41 % de mes ventes avec 62 exemplaires. Je pense que c’est parce que ce livre est conseillé dans les écoles de journalisme. Des chiffres bien minuscules.</p>
<div id="image27" class="image"><a href="https://tcrouzet.com/2020/05/01/carnet-de-route-avril-2020/img_0165/" rel="attachment wp-att-54169"><img src="https://i2.wp.com/tcrouzet.com/images_tc//2020/04/IMG_0165.jpeg?ssl=1" alt="Sète"></a><div class="legend">Sète</div></div>
<h3 class="balance-text">Mardi 7, Balaruc</h3>
<p>J’écris sur le mensonge éventuel du gouvernement chinois. J’en touche deux mots avec Didier. Il est encore dans le dénie. Depuis février, lui et tous les autres médecins ne pensent qu’à soigner. La vérité historique n’est pas leur problème pour le moment, à nous de la chercher.</p>
<hr>
<p>Certaines de mes réponses sur Facebook ressemblent à des aphorismes. 1. Tenter de comprendre pourquoi on en est là, nous permettra d’aller plus loin. Voilà à quoi sert l’Histoire. 2. On manque toujours de recul avec l’Histoire, c’est pour ça qu’on la réécrit sans cesse. 3. Si tu ne réfléchis pas à ce que tu vis, tu ne vis pas. 4. Tu as le droit de penser ce que tu veux et de penser de travers. 5. Si on n’a pas le droit de s’interroger sur l’Histoire vécue et d’en contester la version officielle, comment peut-on se libérer du joug des dictateurs ? 6. On me dit « Il y a une différence entre contester la dictature sous laquelle on vit et contester celle des autres. » Je réponds : « Laissons les opprimés se démerder. La prochaine fois que tu seras malade, je dirai à ton médecin de te laisser crever. » 7. Si on n’écrit pas l’Histoire pendant qu’on la vie, quand est-ce qu’on l’écrit ? Une fois mort ?</p>
<div id="image30" class="image"><a href="https://tcrouzet.com/2020/05/01/carnet-de-route-avril-2020/img_0193-1/" rel="attachment wp-att-54162"><img src="https://i0.wp.com/tcrouzet.com/images_tc//2020/04/IMG_0193-1.jpeg?ssl=1" alt="Walter"></a><div class="legend">Walter</div></div>
<h3 class="balance-text">Mercredi 8, Balaruc</h3>
<p>À Paris, footing interdit durant la journée. On va nous interdire de vivre pour ne pas mourir.</p>
<hr>
<p>Trump accuse l’OMS de complaisance avec la Chine. Toujours un peu mal à l’aide quand je pense comme lui, parce que demain ou après-demain il dira une monstruosité.</p>
<div id="image33" class="image"><a href="https://tcrouzet.com/2020/05/01/carnet-de-route-avril-2020/p1100916b/" rel="attachment wp-att-54185"><img src="https://i1.wp.com/tcrouzet.com/images_tc//2020/04/P1100916b.jpeg?ssl=1" alt="Soir"></a><div class="legend">Soir</div></div>
<h3 class="balance-text">Jeudi 9, Balaruc</h3>
<p>Aphorisme du jour : « Des supputations ne sont pas des informations. » J’ai rarement été aussi exaspéré par la bêtise, mais je n’ai qu’à m’en prendre à moi-même, me confiner pour de bon et plonger en littérature. Sauf que j’écris <em>Adapter pour adopter</em>, que je suis obligé de me confronter au flot des informations indissociable de celui des conneries.</p>
<hr>
<p>Avec mon GPS, j’écris l’histoire du confinement sur la carte géographique, la gribouillant dans un cercle d’un kilomètre de rayon lors de ma sortie quotidienne d’une heure à vélo.</p>
<hr>
<p>Depuis deux jours, nous descendons de la montagne morbide.</p>
<div id="image37" class="image"><a href="https://tcrouzet.com/2020/05/01/carnet-de-route-avril-2020/p1100902/" rel="attachment wp-att-54172"><img src="https://i1.wp.com/tcrouzet.com/images_tc//2020/04/P1100902.jpeg?ssl=1" alt="Cuisine"></a><div class="legend">Cuisine</div></div>
<h3 class="balance-text">Vendredi 10, Balaruc</h3>
<p>Raoult annonce le résultat d’une nouvelle étude sur la chloroquine : 91 % de guérisons. Mais pourquoi un tel enthousiasme face à une maladie avec un taux de mortalité sans doute inférieur à 1 %. Ce résultat serait très intéressant si Raoult ne traitait que des cas graves, ou que des personnes nécessitant une hospitalisation, mais il soigne tous les positifs. Personne ne le dit, même le Président va le voir. Ce type est malhonnête et dangereux. Ceux qui le défendent aujourd’hui le reconnaîtront-ils ou s’enfermeront-ils dans une posture complotiste ? La médiatisation fait perdre la raison.</p>
<h3 class="balance-text">Samedi 11, Balaruc</h3>
<p>Pourquoi j’écris ces articles sur le coronavirus et notre déplorable gestion de la crise ? J’essaie d’apporter un peu de raison, de calme, de juger avec objectivité la situation. Beaucoup de gens me disent que je les aide, beaucoup d’autres m’insultent. Je dois être masochiste pour m’exposer de la sorte, au risque que les blessures perdurent, qu’elles me coupent de certains de mes amis. Le silence serait plus sage, mais comment se taire dans ce contexte ?</p>
<hr>
<p>Je termine <em>Des milliards de tapis de cheveux</em>, magnifique livre de SF de l’Allemand Andreas Eschbach (1995). Forme limpide, pas de héros, le lecteur doit se prendre en main de chapitre en chapitre, peinture pointilliste d’un univers terrifiant et mystérieux. Dénonciation du totalitarisme à travers un éloge de l’artisanat. Un livre universel, entre <em>Star Wars</em> et <em>Siddhartha</em>.</p>
<div id="image41" class="image"><a href="https://tcrouzet.com/2020/05/01/carnet-de-route-avril-2020/img_0254-2/" rel="attachment wp-att-54163"><img src="https://i2.wp.com/tcrouzet.com/images_tc//2020/04/IMG_0254-2.jpeg?ssl=1" alt="Entrées maritimes"></a><div class="legend">Entrées maritimes</div></div>
<div id="image42" class="image"><a href="https://tcrouzet.com/2020/05/01/carnet-de-route-avril-2020/img_0275/" rel="attachment wp-att-54170"><img src="https://i0.wp.com/tcrouzet.com/images_tc//2020/04/IMG_0275.jpeg?ssl=1" alt="Un hélico passe"></a><div class="legend">Un hélico passe</div></div>
<h3 class="balance-text">Lundi 13, Balaruc</h3>
<p>Il pleut, je travaille, j’essaie de me désintéresser du coronavirus, en attendant ce soir le discours du Président. Va savoir ce qu’il nous réserve alors que les autres pays européens préparent leur déconfinement.</p>
<hr>
<p>Je marche sous la pluie jusque chez ma mère, je lui amène du pain fait ce matin, on discute un moment sur le pas de sa porte, puis je rentre. J’essaie encore de travailler, mais le cœur n’y est pas. L’étang gris sous mes fenêtres me plombe le moral.</p>
<hr>
<p>On continue la descente et Macron sa descente. Pas la peine d’en rajouter, mais je me crois obligé de le dire tout haut. Je ne vaux pas mieux que lui.</p>
<hr>
<p>Le geste qui sauve version anglaise se retrouve sur <a href="https://twitter.com/JSCarroll/status/1249610798755913730">un montage qui buzze</a>… des tranches de livres qui racontent la pandémie.</p>
<div id="image47" class="image"><a href="https://tcrouzet.com/2020/05/01/carnet-de-route-avril-2020/evecwfnwkaeit54/" rel="attachment wp-att-54171"><img src="https://i2.wp.com/tcrouzet.com/images_tc//2020/04/EVeCWfnWkAEIt54.jpeg?ssl=1" alt="Clean Hands"></a><div class="legend">Clean Hands</div></div>
<h3 class="balance-text">Mardi 14, Balaruc</h3>
<p>Des touristes s’installent dans le mobil-home des voisins. Un couple avec deux enfants. D’où viennent-ils ? Je ne vais pas me transformer en délateur, la délation étant devenue un sport national, ce qui en dit long sur la santé mentale de notre pays.</p>
<div id="image49" class="image"><a href="https://tcrouzet.com/2020/05/01/carnet-de-route-avril-2020/p1100937/" rel="attachment wp-att-54174"><img src="https://i0.wp.com/tcrouzet.com/images_tc//2020/04/P1100937.jpeg?ssl=1" alt="Walter"></a><div class="legend">Walter</div></div>
<div id="image50" class="image"><a href="https://tcrouzet.com/2020/05/01/carnet-de-route-avril-2020/img_0312/" rel="attachment wp-att-54175"><img src="https://i1.wp.com/tcrouzet.com/images_tc//2020/04/IMG_0312.jpeg?ssl=1" alt="Pédalo"></a><div class="legend">Pédalo</div></div>
<h3 class="balance-text">Mercredi 15, Balaruc</h3>
<p>Trump coupe les vivres à l’OMS. J’ai peur d’une guerre avec la Chine. Je ne pense plus guère qu’aux conséquences géopolitiques de la pandémie.</p>
<hr>
<p>Je réécoute mon interview de Didier du 3 février au matin. Il me propose d’assister à un congrès interministériel de la sécurité des patients qui devait se tenir à Montreux les 27 et 28 février. Il n’était pas encore pensable pour lui de l’annuler, ce qui nous montre que début février un des grands spécialistes de la prévention et du contrôle des infections n’a toujours pas pris conscience de la gravité de la situation. Ce congrès sera annulé dix jours plus tard.</p>
<h3 class="balance-text">Samedi 18, Balaruc</h3>
<p>Plus les jours passent, plus je me retrouve dans un état physique près burn-out. Mon corps souffre, sans parler de mon épaule avec sa capsulite qui faute de soin empire, sans parler de ma bouche, j’ai perdu une dent, une fausse dent certes, un pivot, mais comme un résumé de la situation. Je suis trop sédentaire, trop emporté par des mots/maux. Le temps lui-même est gris, pas de saison, d’un sombre anglais.</p>
<hr>
<p>La lumière revient dans l’après-midi, une certaine tiédeur, je prends mon VTT et file dans la garrigue, par devers la loi, je m’en moque, parce que la loi est absurde et qu’elle me détruit. Dans cette garrigue, il n’y a jamais personne. La distanciation sociale est automatique.</p>
<h3 class="balance-text">Dimanche 19, Balaruc</h3>
<p>La grisaille ne nous lâche pas au propre et au figuré. Je me réveille tôt, bien décidé à penser à autre chose qu’à notre situation, je viens dans mon carnet pour y écrire, et puis l’idée devient vite un article. Je petit-déjeune. Me remet au lit pour lire et me rendors. Me réveille dans un état poisseux comme le temps qui me cache jusqu’à la montagne de Sète.</p>
<h3 class="balance-text">Lundi 20, Balaruc</h3>
<div id="image56" class="image"><a href="https://tcrouzet.com/2020/05/01/carnet-de-route-avril-2020/p1100974/" rel="attachment wp-att-54176"><img src="https://i1.wp.com/tcrouzet.com/images_tc//2020/04/P1100974.jpeg?ssl=1" alt="Walter"></a><div class="legend">Walter</div></div>
<h3 class="balance-text">Mardi 21, Balaruc</h3>
<p>Pluie, pluie, et encore pluie. Je vis le confinement par écrit interposé. Je doute d’avoir beaucoup de choses à me souvenir, sinon de ce temps passé à écrire, sans réussir à me calmer, frappé par l’urgence, celle de la déraison qui gagne le monde, frappé par mon propre corps qui voit d’anciennes douleurs ressurgir.</p>
<hr>
<p>Message envoyé à Mediapart : « Je ne m’attendais pas à dire un jour du bien de Plenel, mais j’avoue qu’<a href="https://www.youtube.com/watch?v=aTfnY1TixXA">il est très bon dans son direct sur Brut</a>. J’y ai retrouvé des choses que j’ai écrites et répétées depuis le début de la crise, preuve que nous sommes nombreux à penser la même chose et que cela finira par avoir une influence politique, espérons. Mais j’ai aussi révélé deux erreurs qui peuvent être lourdes de conséquences. Non, les masques ne sont pas notre première ligne de défense. C’est l’hygiène des mains, l’hygiène des mains, encore l’hygiène des mains. Le port du masque ne protège pas vraiment, même dans les transports en commun, si d’abord l’hygiène des mains n’est pas impeccable. Il faut le répéter encore et encore. L’autre erreur concerne le début de la crise. On ne peut pas utiliser la première victime pour dire qu’une pandémie commence. Il faut regarder quand la courbe du nombre de victimes s’affole. C’est le vrai signal. Selon ce critère, l’Italie nous a devancés de beaucoup. » Ils se sont bien gardés de me répondre.</p>
<hr>
<p>Appel du secrétaire général de la FFC suite à <a href="https://tcrouzet.com/2020/04/16/lettre-a-la-federation-francaise-de-cyclisme/">ma lettre ouverte</a>. Discussion détendue.</p>
<hr>
<p>Longue conversation avec Narvic. On ne s’était pas parlé depuis deux ans et on a repris là où on s’était arrêté la dernière fois. Tout en parlant, une idée saugrenue me vient. Et si la Chine n’avait pas menti sur le nombre de morts, ou quasiment pas. Et si elle avait confiné pour une autre raison ? Parce qu’elle connaissait déjà le virus qui lui aurait échappé… C’est l’hypothèse Trump en définitive.</p>
<h3 class="balance-text">Mercredi 22, Balaruc</h3>
<p>Sur un forum, un gars dit que je suis « Le Finkielkraut du vélo », voilà qui fait mal. L’argument d’autorité est une menace pour la démocratie. Nous devrions nous taire parce que nous sommes incompétents. En quelque sorte, seuls les hommes politiques pourraient parler de politique. Nous serions bien avancés. Nous avons au contraire le devoir de nous intéresser à ce qui ne nous regarde pas, et moins cela nous regarde, plus nous devons être vigilants.</p>
<hr>
<p>Le 3 février Didier m’a dit que les flacons de gels hydro-alcooliques étaient à 8 francs. Les prix avaient donc déjà commencé à monter, le grand public commençait donc à s’inquiéter alors que les gouvernements montraient une certaine sérénité.</p>
<h3 class="balance-text">Jeudi 23, Balaruc</h3>
<p>Je découvre que <a href="https://www.theatlantic.com/international/archive/2020/04/angela-merkel-germany-coronavirus-pandemic/610225/">la chancelière Merkel est une chimiste quantique</a> alors que nous sommes gouvernés par des juristes, des littéraires, des fonctionnaires, des banquiers et des saltimbanques.</p>
<div id="image64" class="image"><a href="https://tcrouzet.com/2020/05/01/carnet-de-route-avril-2020/img_0413/" rel="attachment wp-att-54177"><img src="https://i1.wp.com/tcrouzet.com/images_tc//2020/04/IMG_0413.jpeg?ssl=1" alt="Brume"></a><div class="legend">Brume</div></div>
<div id="image65" class="image"><a href="https://tcrouzet.com/2020/05/01/carnet-de-route-avril-2020/img_0427/" rel="attachment wp-att-54179"><img src="https://i2.wp.com/tcrouzet.com/images_tc//2020/04/IMG_0427.jpeg?ssl=1" alt="Walter"></a><div class="legend">Walter</div></div>
<div id="image66" class="image"><a href="https://tcrouzet.com/2020/05/01/carnet-de-route-avril-2020/img_0418/" rel="attachment wp-att-54178"><img src="https://i2.wp.com/tcrouzet.com/images_tc//2020/04/IMG_0418.jpeg?ssl=1" alt="Canadair"></a><div class="legend">Canadair</div></div>
<h3 class="balance-text">Vendredi 24, Balaruc</h3>
<p>Nous devions partir ce matin faire le tour de l’Hérault à VTT. Il fait doux, brumeux, de cette brume qui se lèvera bientôt et nous baignera d’une douce chaleur printanière. J’ai envie de chemins, de camaraderie, de sueur, de lumière et de grandes perspectives. Je commence à étouffer, non pas que je manque d’espace chez moi, mais intellectuellement, cette crise nauséeuse me fait douter de beaucoup de mes anciens amis politiques. Nous sommes au bord du gouffre et certains s’y jettent allègrement et accusent ceux qui comme moi restent au bord à regarder le fond qui se creuse.</p>
<hr>
<p>Mes billets de blog sont inversement lus par rapport à l’importance que je leur accorde.</p>
<div id="image69" class="image"><a href="https://tcrouzet.com/2020/05/01/carnet-de-route-avril-2020/img_0486-1/" rel="attachment wp-att-54180"><img src="https://i2.wp.com/tcrouzet.com/images_tc//2020/04/IMG_0486-1.jpeg?ssl=1" alt="L'étang"></a><div class="legend">L'étang</div></div>
<h3 class="balance-text">Dimanche 26, Balaruc</h3>
<p>Mauvaise nuit, une forme de lassitude s’installe, sans doute la fatigue d’avoir trop travaillé depuis début février et pas assez pris l’air. Mon corps hurle, me dit de changer de mode de vie, mais le confinement me l’interdit. Le même mal doit s’installer en chacun de nous, le mal de la déprivation de liberté qui très vite prive d’énergie.</p>
<h3 class="balance-text">Lundi 27, Balaruc</h3>
<p>Hier soir, je me couche tôt, lessivé après une heure de vélo, peu avant minuit j’ai froid, tremble, mal au ventre. Covid ? Ce matin, je suis rincé, cabossé, le ventre encore noué, mon épaule droite ankylosée jusqu’à mes doigts, mes maux se carambolent.</p>
<hr>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=AzOoHVSWEBE">François lit Proust</a> : « Les levers de soleil sont un accompagnement des longs voyages en chemin de fer, comme les œufs durs, les journaux illustrés, les jeux de cartes, les rivières où des barques s’évertuent sans avancer. » C’est sublime, et François parle de ses propres voyages, et j’aime quand il s’échappe dans ses lectures, et je prends conscience que j’ai toujours associé Proust au voyage, peut-être parce que je ne le lis plus qu’en voyage, surtout quand je prends l’avion, durant des déplacements qui sont des temps perdus tout sauf perdus.</p>
<h3 class="balance-text">Mardi 28, Balaruc</h3>
<p>J’en suis presque au bout d’<em>Adapter pour adopter</em>, du moins de ce que je peux faire sans passer à nouveau quelques jours avec Didier à Genève ou qu’il vienne prendre l’air à la maison.</p>
<hr>
<p>Je ne dois pas être malade, juste fatigué, un coup de mou, pas de fièvre, de rhume, de toux, je suis à plat, victime du confinement. Tout devrait être changé dans le monde et rien ne le sera. Une fatigue d’impuissance politique avec la tentation de retourner dans mes jardins, la littérature et le vélo.</p>
<div id="image75" class="image"><a href="https://tcrouzet.com/2020/05/01/carnet-de-route-avril-2020/p1110009/" rel="attachment wp-att-54181"><img src="https://i2.wp.com/tcrouzet.com/images_tc//2020/04/P1110009.jpeg?ssl=1" alt="Soir"></a><div class="legend">Soir</div></div>
<div id="image76" class="image"><a href="https://tcrouzet.com/2020/05/01/carnet-de-route-avril-2020/p1110016/" rel="attachment wp-att-54182"><img src="https://i1.wp.com/tcrouzet.com/images_tc//2020/04/P1110016.jpeg?ssl=1" alt="Soir"></a><div class="legend">Soir</div></div>
<div id="image77" class="image"><a href="https://tcrouzet.com/2020/05/01/carnet-de-route-avril-2020/img_0568/" rel="attachment wp-att-54184"><img src="https://i2.wp.com/tcrouzet.com/images_tc//2020/04/IMG_0568.jpeg?ssl=1" alt="Arc en ciel"></a><div class="legend">Arc en ciel</div></div>
<h3 class="balance-text">Mercredi 29, Balaruc</h3>
<p>Encore une journée de boulot sur <em>Adapter pour adopter</em>, et je le range, je l’oublie pour quelques semaines. Ce texte en est au stade où il m’écœure, où ne je lui vois plus le moindre intérêt, trop de faits, pas assez de narration. J’ai surtout envie d’autre chose, de plus d’intimité, de plus de silence, cesser cette farce autour du covid. Impression d’avoir raté l’occasion. Mais quelle occasion ? Le confinement ne signifie rien pour moi. Il est mon ordinaire. J’appartiens à la catégorie des écrivains confinés par nature, tout le contraire d’un Hemingway.</p>
<hr>
<p>Je termine <em>La transparence des choses</em>, quel bouquin, quelle jubilation, nous ne nous autorisons plus ces fantaisies : perdre le lecteur, le rendre dingue, dans le seul but de provoquer des électrochocs. Je me sens bien avec Nabokov, je vais faire un bout de chemin avec lui. En revenir à <em>Lolita</em>, au commencement.</p>
<div id="image80" class="image"><a href="https://tcrouzet.com/2020/05/01/carnet-de-route-avril-2020/p1110042/" rel="attachment wp-att-54183"><img src="https://i1.wp.com/tcrouzet.com/images_tc//2020/04/P1110042.jpeg?ssl=1" alt="Sète"></a><div class="legend">Sète</div></div>
<h3 class="balance-text">Jeudi 30, Balaruc</h3>
<p>Mal au ventre durant la luit, mini kyste douloureux au périnée, ma capsulite à l’épaule droite qui me lance jusque dans la main et impossible d’avoir un rendez-vous pour un arthroscanner jusqu’à nouvel ordre… Tout va bien. Ma baisse énergétique me fait voir le monde en noir. Le bilan de mon confinement n’est pas radieux. J’ai perdu trop de temps à critiquer, à relever les incohérences, les erreurs, oubliant que mon comportement même était une erreur. À force de tirer à vue, on se brûle les doigts et on n’en fait pas mieux avancer le monde. Est-il insensible à la critique ? Dire sert-il à quelque chose ? Je n’ai jamais reçu autant de messages pour me remercier d’écrire, mais je n’écris que pour respirer, et j’ai oublié de le faire. Face à la disruption du monde, j’ai subi une tempête cytokinique intellectuelle qui me laisse enflammé, perclus de douleurs physiques et mentales.</p>
<hr>
<p>Pourquoi me plaindre ? L’Histoire est en marche. Je l’ai toujours voulu et la vivre me bouleverse, ou tout au moins bouleverse mon confort douillet. La transition n’est pas une expérience heureuse, la transition heureuse est une utopie. Ma capsulite comme une métaphore du monde. Une petite déchirure incite l’articulation à moins bouger et moins elle bouge moins elle a envie de le faire. Alors le moindre geste devient une épreuve douloureuse. Je ne suis qu’un révolutionnaire bourgeois. Quand la révolution commence à affecter ma vie, je la rejette.</p>
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      <title>Lettre à la Fédération Française Vélo</title>
      <link>https://tcrouzet.com/2020/04/28/lettre-a-la-ffvelo/</link>
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      <dc:creator><![CDATA[Thierry Crouzet]]></dc:creator>
      <pubDate>Tue, 28 Apr 2020 18:37:54 +0000</pubDate>
      <category><![CDATA[Série]]></category>
      <category><![CDATA[Born to Bike]]></category>
      <category><![CDATA[une]]></category>
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      <description><![CDATA[Quand j&#8217;ai &#233;crit ma lettre &#224; F&#233;d&#233;ration Fran&#231;aise de Cyclisme, je n&#8217;avais pas &#233;voqu&#233; l&#8217;autre f&#233;d&#233;ration, celle des cyclotouristes, qui pourtant elle aussi avait enfonc&#233; les cyclistes, ne prenant que la pr&#233;caution de parler au nom de ses adh&#233;rents. J&#8217;ai attaqu&#233; la FFC parce que son communiqu&#233; avait &#233;t&#233; utilis&#233; contre nous tous, justifiant des [&#8230;]]]></description>
      <content:encoded><![CDATA[<h3>Born to Bike #59 | <a href="https://tcrouzet.com/tag/borntobike">Sommaire</a> | <a href="https://tcrouzet.com/2020/04/28/lettre-a-la-ffvelo/">Lire en ligne</a></h3><figure><img src="https://i0.wp.com/tcrouzet.com/images_tc//2020/04/P1100979.jpeg?fit=600%2C450&ssl=1"/><figure/><p><a href="https://tcrouzet.com/2020/04/16/lettre-a-la-federation-francaise-de-cyclisme/">Quand j’ai écrit ma lettre à Fédération Française de Cyclisme</a>, je n’avais pas évoqué l’autre fédération, <a href="https://ffvelo.fr/">celle des cyclotouristes</a>, qui pourtant elle aussi avait enfoncé les cyclistes, ne prenant que la précaution de parler au nom de ses adhérents.<span id="more-54151"></span></p>
<p>J’ai attaqué la FFC parce que son communiqué avait été utilisé contre nous tous, justifiant des verbalisations abusives et les sarcasmes des donneurs de leçons se prétendant citoyens responsables alors que nous autres ne serions que des cyclistes illégitimes et anarchistes. Après ce premier dérapage fédéral, Martine Cano, présidente de la <a href="https://ffvelo.fr/">FFvélo</a>, a rendu publique <a href="https://ffvelo.fr/wp-content/uploads/2020/04/20095-MC-Mme-Roxana-MARACINEANU-Ministre-des-Sports-Deconfinement-Pratique-du-velo.pdf">une lettre envoyée à la ministre des Sports le 21 avril 2020</a> où elle ne fait pas du vélo mais du patinage artistique.</p>
<p>Après une longue introduction plutôt réjouissante, rappelant des bienfaits du sport santé, on peut lire :</p>
<blockquote><p>
  Les licenciés de notre Fédération fournissent un certificat médical de non contre-indication à la pratique sportive, <strong>ils sont donc mieux suivis médicalement que les “pratiquants libres” en dehors de toute structure fédérale</strong>. Sans risque majeur de santé, ils pourraient renouer avec leur activité favorite sous réserve de mise en place de règles de conduite à tenir qui pourraient évoluer selon l’amélioration des conditions sanitaires du pays.
</p></blockquote>
<p>J’ai accusé la FFC de parler en notre nom alors que nous n’étions pas ses licenciés, cette fois Martine Cano enfonce le clou, se permet de juger de notre santé, nous les pratiquants libres, affirmant par exclusion que nous sommes moins bien suivis médicalement que ses adhérents.<br>
Mais bon sang, fichez-nous la paix. Que savez-vous de nous ? De quel droit pouvez-vous juger de notre santé au nom d’un certificat médical dont nous savons tous la vacuité et qui n’a pour but que de contenter les assureurs ? Réglez vos affaires entre vous. Nous avons déjà tous des assurances civiles qui couvrent notre pratique sportive amateur et nous n’avons pas besoin de votre licence, ni de votre protection, ni de vos conseils mal avisés. Je ne veux même pas savoir qu’elle est votre philosophie du vélo.</p>
<p>J’ai presque l’impression que vous concevez une fédération comme un petit pays, avec son roi ou sa reine, sa cour et ses vassaux. Je préfère être libre, d’ailleurs je fais du vélo pour me sentir libre comme vous le dite, libre semblant un sale mot dans votre lettre. Si le confinement est aussi difficile pour moi c’est parce que je suis mis en boîte, prisonnier, interdit de respirer, de profiter du monde et de partager mes enthousiasmes avec mes copains et copines. C’est d’autant plus frustrant que cette liberté m’a été retirée sans aucune bonne raison sanitaire, et même pour de mauvaises raisons que vous n’avez pas su défendre au début de la crise et que vous évoquez timidement en introduction de votre courrier.</p>
<p>Vous imaginez même des règles qui réduiraient encore nos libertés après le confinement, des règles qui pourraient à nouveau être mal interprétées par les forces de l’ordre trop zélées et par de nouveaux donneurs de leçon, des règles plus restrictives que celles imaginées par le gouvernement. C’est étrange ? Je n’ai jamais appartenu à aucune fédération et de l’extérieur j’ai l’impression que dans la vôtre on ne cultive pas les valeurs auxquelles j’attache de l’importance.</p>
<p>Heureusement, une autre fédération, <a href="https://www.fub.fr/">celle des usagers de la bicyclette</a>, <a href="https://www.fub.fr/fub/actualites/fub-obligee-saisir-conseil-etat-faire-reconnaitre-velo-moyen-transport-legitime">se bat depuis le début pour chacun de nous</a>. Après avoir saisir le Conseil d’État, elle a réussi à ce que <a href="https://twitter.com/oschneider_fub/status/1253838586543321088">le gouvernement clarifie sa position</a> et admette que le vélo loisir était autorisé dans le cercle de 1 km et pour une durée d’une heure.</p>
<p>Le plus souvent nous faisons du vélo dans les rues, sur les routes, les chemins, les sentiers. Nous arpentons le domaine public, un domaine où nous avons le droit de nous déplacer sans permis, sans licence, sans autorisation, à notre rythme, sans polluer, sans faire de bruit. Est-ce que notre liberté vous dérange ? Est-ce qu’elle vous fait peur ? En pédalant désobéissons-nous à un dogme civilisationnel ? Sommes-nous des contestataires ? Des subversifs aux comportements séditieux ? J’en viens à me poser cette question parce que je n’ai pas vu la Fédération Française d’Athlétisme nous interdire de courir ou même de marcher, sous prétexte que nous ne serions pas en assez bonne santé. Le vélo fait peur ? Le vélo est révolutionnaire ?</p>
<p>Le civisme, c’est faire ce qui est bon pour soi et les autres, et pas nécessairement ce qu’une fédération ou un gouvernement croit qu’il est bon de faire. Le civisme commence avec la liberté de penser. Il n’y a pas de responsabilité sans liberté. Un cycliste heureux ose prendre les chemins de traverse.</p>
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      <title>Configuration bikepacking GTH</title>
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      <dc:creator><![CDATA[Thierry Crouzet]]></dc:creator>
      <pubDate>Mon, 27 Apr 2020 09:44:55 +0000</pubDate>
      <category><![CDATA[Série]]></category>
      <category><![CDATA[Born to Bike]]></category>
      <category><![CDATA[GTH]]></category>
      <category><![CDATA[une]]></category>
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      <description><![CDATA[Vendredi 24 avril. L&#233;g&#232;re brume en matin&#233;e qui laisse vite percer un soleil doux, puis un ciel bleu p&#226;le s&#8217;intensifiant dans apr&#232;s-midi jusqu&#8217;&#224; ce que la fra&#238;cheur retombe en soir&#233;e. Le m&#234;me temps se r&#233;p&#232;te de jour en jour. C&#8217;&#233;tait les conditions parfaites pour un long week-end bikepacking. Nous aurions d&#251; nous &#233;lancer &#224; une [&#8230;]]]></description>
      <content:encoded><![CDATA[<h3>Born to Bike #59 | <a href="https://tcrouzet.com/tag/borntobike">Sommaire</a> | <a href="https://tcrouzet.com/2020/04/27/configuration-bikepacking-gth/">Lire en ligne</a></h3><figure><img src="https://i2.wp.com/tcrouzet.com/images_tc//2020/04/IMG_0476.jpeg?fit=600%2C450&ssl=1"/><figure/><p>Vendredi 24 avril. Légère brume en matinée qui laisse vite percer un soleil doux, puis un ciel bleu pâle s’intensifiant dans après-midi jusqu’à ce que la fraîcheur retombe en soirée. Le même temps se répète de jour en jour. C’était les conditions parfaites pour un long week-end bikepacking. Nous aurions dû nous élancer à une dizaine pour inaugurer le <a href="https://tcrouzet.com/tag/gth/">Grand Tour de l’Hérault à monstercross/VTT</a>, mais le confinement en a voulu autrement.<span id="more-54133"></span></p>
<p>Début mars, j’étais presque prêt, il me manquait quelques détails à régler, quelques achats pour adapter ma configuration à un voyage printanier avec des nuits potentiellement fraîches. Voilà comment je comptais partir et comment je partirai début juin dès que nous en aurons la possibilité, même si les jambes ne seront pas très vaillantes.</p>
<h3 class="balance-text">Le vélo</h3>
<p>Lors de mes quatre voyages 2019, j’ai roulé avec un Salsa Timberjack, VTT semi-ridige hyperconfortable, mais trop lourd à mon goût avec ses 12,7 kg (kit cadre+fourche 4,6 kg en large).</p>
<p>J’ai commencé à lorgner sur <a href="https://salsacycles.com/bikes/cutthroat/2020_cutthroat_frameset">le Salsa Cutthroat 2020</a>. J’aime ce vélo, mais j’avoue ne pas être fan des guidons gravel dans les chemins techniques (kit cadre+fourche environ 2 kg en large).</p>
<p>J’ai en suite <a href="https://tcrouzet.com/2019/12/24/bikepacking-ai-je-raison-de-passer-au-titane/">longuement hésité à commander un VTT Caminade en titane</a>, mais j’ai fini par renoncer (trop cher, trop lourd, sans que je sois convaincu par le gain en confort, mais à coup sûr convaincu par un certain snobisme attaché au titane). Puis Specialized a annoncé son nouveau Epic HT avec un cadre ultraléger dans sa version S-Works, un vélo que je connais bien puisque je roule avec dans sa version tout-suspendu depuis trois ans, <a href="https://www.specialized.com/fr/fr/epic-hardtail/p/171127?color=264116-171127">un vélo dont le modèle entrée de gamme reste abordable pour un carbone</a> (2 099 € prix public), un vélo que j’ai pu essayer chez <a href="https://www.allbikes7.com/">AllBikes7</a>, à deux pas de chez moi et qui m’a tout de suite conquis, d’autant que c’est <a href="https://theradavist.com/2019/06/lael-wilcoxs-tour-divide-specialized-epic-hardtail/">la monture de choix de Lael Wilcox</a> (qui l’a équipée avec un guidon gravel).</p>
<div id="image5" class="image"><a href="https://tcrouzet.com/2020/04/27/configuration-bikepacking-gth/p1100995/" rel="attachment wp-att-54138"><img src="https://i2.wp.com/tcrouzet.com/images_tc//2020/04/P1100995.jpeg?ssl=1" alt="Epic Monstercross"></a><div class="legend">Epic Monstercross</div></div>
<p>Je n’ai même pas eu à commander l’Epic HT version de base, cadre large couleur rouge. Il était en stock, dans son carton, pas encore monté. Avec AllBikes7, nous l’avons transformé en monstercross, nous inspirant cette fois de la config de <a href="https://eu.huntbikewheels.com/blogs/news/bikecheck-sofians-atlas-mountain-race-niner-air9-rdo">Sofian Sehili</a>. Nous avons remplacé la fourche télescopique d’origine par une <a href="http://bombtrack.com/parts/forks/bpc-fork/">Bombtrack BPC</a>, conçue pour le bikepacking (650 g), avec la possibilité de monter des pneus de 3,0 pouces. Nous arrivons ainsi à un kit cadre+fourche à 1,6 kg (j’ai donc gagné 3 kg par rapport au Timberjack, ce qui était mon objectif).</p>
<p>J’ai récupéré les roues Ibis 942 montées sur le Timberjack que j’ai chaussées avec des <a href="https://www.cycletyres.fr/blog/vittoria-mezcal-race-graphene-2-0-premieres-impressions.html">Vittoria Mezcal Race Graphène 2.0</a> en 2,25. Pneus relativement légers 690 g, assez rapides, qui à mon avis manquent un peu de grip à l’avant, mais comme en bikepacking il faut rester roulant j’ai opté pour ce compromis (mais peut-être que je monterai un Vittoria Barzo devant). Dans une première version, j’avais monté devant un FastTrack en 2,6, derrière un FastTrack en 2,3. Le confort était au rendez-vous, la tenue de route aussi, mais sur l’asphalte et les chemins roulants je pédalais sur un tracteur. Je ne sais pas encore comment je partirai sur la GTH, soit avec les Mezcal, soit deux FastTrack 2,3. Pour tout vous dire, j’aurais bien monté un 2,1 pouces derrière, peut-être des Schwalbe Racing Ralph, mais c’est impossible avec mes jantes i35 dont j’aime trop le confort pour en changer.</p>
<p>J’ai gardé les freins d’origine de l’Epic, j’ai monté un dérailleur et une cassette Sram GX 10-50, un plateau 32 dents Sram Eagle X-Sync. J’ai déshabillé le Timberjack pour réduire les coûts, le remontant peu à peu dans sa version d’origine.</p>
<div id="image9" class="image"><a href="https://tcrouzet.com/2020/04/27/configuration-bikepacking-gth/p1100998/" rel="attachment wp-att-54139"><img src="https://i0.wp.com/tcrouzet.com/images_tc//2020/04/P1100998.jpeg?ssl=1" alt="Selle ISM"></a><div class="legend">Selle ISM</div></div>
<p>Côté selle après avoir longtemps roulé avec des Specialized Power, puis Power Arc, qui chaque fois me pinçaient la fesse gauche toujours au même endroit, provoquant parfois des inflammations, j’ai testé durant deux moi une Brooks C17 carved qui ne me blessait plus la fesse, mais qui m’irritait partout, sans parler de sa longueur excessive très casse couille dans les chemins accidentés. J’ai fini par en venir à une ISM PL1.0 monté sur un tube de selle Canyon avec une flexion de 20 mm.</p>
<p>Côté guidon, je suis très SQLab, avec des grips 711, des innerbars et un <a href="https://www.sq-lab.com/en/products/handlebars/sqlab-handlebar-311-fl-x-carbon-16.html#attributes">cintre flex 16° backsweep</a> qui par sa souplesse absorbe les vibrations et les chocs (<a href="https://www.baramind-bike.com/fr/">les Baramind étaient en rupture de stock et moins bien taillés à mon goût</a>). J’hésite encore à installer un <a href="http://alternativsport.com/accueil/1364-aero-bolt-on-v2.html">Aero Bolt-ON V2</a> pour disposer d’une troisième position lors des secteurs rectilignes et roulants.</p>
<div id="image12" class="image"><a href="https://tcrouzet.com/2020/04/27/configuration-bikepacking-gth/p1110006/" rel="attachment wp-att-54141"><img src="https://i2.wp.com/tcrouzet.com/images_tc//2020/04/P1110006.jpeg?ssl=1" alt="Grip et corne"></a><div class="legend">Grip et corne</div></div>
<p><a href="https://tcrouzet.com/2019/12/08/gravel-vtt-et-bikepacking-pedales-auto-ou-plates/">J’ai abandonné les pédales auto depuis ma fracture du col du fémur.</a> J’ai monté des plates Nukeproof Horizon Titane qui ont un super grip. Je ne me sens toujours pas prêt à revenir aux auto, sauf si je finis par avoir des douleurs aux genoux ou ailleurs. Je mets parfois un pied à terre dans des passages techniques où je passais avec les auto, je perds un poil de puissance à l’arrache, mais je m’en contre fiche. Je pense que j’ai déjà évité deux gamelles depuis que je suis en plates.</p>
<p>Côté chaussures, après avoir testé une paire de Five Ten Freerider que j’ai trouvé lourde et pataude (800 g), j’utilise une ancienne paire Brooks Cascadia (756 g). Pour mieux faire, il me faut dénicher une paire avec semelles plus rigides, sans doute des chaussures d’approche utilisées en montagne, comme des <a href="https://arcteryx.com/fr/fr/shop/mens/konseal-fl-gtx-shoe">Arc’teryx Konseal</a> (700 g) ou des <a href="https://arcteryx.com/fr/fr/shop/mens/arakys-approach-shoe">Arc’teryx Arakys</a> (540 g). À titre de comparaison, mes Giro Empire VR80 avec la cale SPD pèsent 808 g.</p>
<p>Au final, j’ai un vélo sous les 9,5 kg, que je pourrais faire descendre sous les 9 kg en investissant sur des jantes plus étroites, un groupe plus haut de gamme, mais j’en vois pas encore la nécessité. Je dois d’abord mettre ce vélo à l’épreuve d’un premier voyage. Aussi bien le tout rigide 100 % carbone ne me conviendra pas pour le bikepacking, config que j’adore à VTT et gravel, config que je peux rendre plus confortable avec une fourche télescopique si nécessaire.</p>
<div id="image16" class="image"><a href="https://docs.google.com/spreadsheets/d/1HX0YBtbU0f_69qpJf-JMsSvjWJncwQESWkm_pyZsllo/edit?usp=sharing"><img src="https://i0.wp.com/tcrouzet.com/images_tc//2020/04/epicht.png?ssl=1" alt=""></a></div>
<h3 class="balance-text">Le matos</h3>
<p>Je pensais partir pour l’essentiel sur la configuration déjà décrite dans mon bouquin <a href="https://tcrouzet.com/une-initiation-au-bikepacking/"><em>Une initiation au bikepacking</em></a>.</p>
<p>En configuration été, mon sac de guidon Apidura 14L était parfait, mais j’ai besoin de prendre un peu plus de matos pour le printemps, donc d’un volume un peu plus grand. J’ai donc commandé un <a href="https://www.revelatedesigns.com/index.cfm/store.catalog/handlebar/pronghorn">Revelate Design Pronghorn 23L</a> qui, outre son volume, sa plus grande légèreté, peut se déclipser. C’est un gros avantage au moment de monter/démonter le camp, surtout le matin quand il faut remplir le sac. L’Apidura en restant attaché au vélo rend la compression un poil difficile. Pour cause coronavirus, je n’ai toujours pas reçu le Pronghorn commandé il y a plus de deux mois.</p>
<div id="image19" class="image"><a href="https://tcrouzet.com/2020/04/27/configuration-bikepacking-gth/p1110004/" rel="attachment wp-att-54142"><img src="https://i1.wp.com/tcrouzet.com/images_tc//2020/04/P1110004.jpeg?ssl=1" alt="Pilotage"></a><div class="legend">Pilotage</div></div>
<p>Mon sac de cadre Salsa s’adapte presque parfaitement à l’Epic. Je le complète par un top tube Revelate Design Mag-Tank 2000 1,5L que je trouve plus pratique à l’usage que l’Apidura. Mes outils vont sous la selle dans un <a href="https://www.wolftoothcomponents.com/collections/b-rad-system/products/b-rad-roll-top-bag">Wolf Tooth B-Rad Roll-Top Bag</a> que j’adore parce qu’on peut l’attacher presque n’importe où.</p>
<div id="image21" class="image"><a href="https://tcrouzet.com/2020/04/27/configuration-bikepacking-gth/p1110002/" rel="attachment wp-att-54140"><img src="https://i2.wp.com/tcrouzet.com/images_tc//2020/04/P1110002.jpeg?ssl=1" alt="Sac de cadre Salsa"></a><div class="legend">Sac de cadre Salsa</div></div>
<p>J’avais aussi prévu de commander des <a href="https://zpacks.com/products/small-stuff-sack">Zpacks Small Stuff Sack</a>, des sous-sacs étanches ultralégers, pour y ranger mes différentes affaires (santé, câbles, fringues…). Jusque là j’utilisais les premiers sacs qui me tombaient sous la main, parfois en tissus et ils avaient tendance à pomper l’humidité.</p>
<p>Pour l’eau, j’utilise une poche d’hydratation que je loge dans le sac de cadre. J’emporte aussi une bouteille pliable que je remplis en général avant le camp et sur laquelle je peux brancher mon purificateur. J’ai un problème avec cette config : en fin de journée, boire l’eau du sac mélangée avec un électrolyte a tendance à m’écœurer. J’ai parfois envie d’eau pure. J’hésite encore à placer une gourde sur la fourche, gourde dans laquelle je mettrais l’électrolyte, pendant que la poche ne serait que ma réserve. Mais ce sera pour plus tard.</p>
<p>Côté énergie, j’ai remplacé ma batterie Anker PowerCore+ 20000 par une Huawei 40 W CP12S 12000, plus légère et qui se charge en deux heures seulement, le temps d’un arrêt restaurant.</p>
<p>Pour la nuit, le camp, les coups de froid, j’avais prévu d’acheter <a href="https://euro.montbell.com/products/disp.php?cat_id=25044&amp;p_id=2301352&amp;gen_cd=1">un pantalon doudoune</a>, suivant l’exemple de Lael Wilcox qui en fait son équipement de bikepacking le plus vital. Cette solution me paraît plus modulaire qu’un sac de couchage plus chaud que mon Western Mountaineering NanoLite. Pour début juin dans l’Hérault, je n’en aurais pas besoin, peut-être prévoir un <a href="https://www.maisondelasoie.com/fr/101-drap-de-sac-de-couchage-en-soie-ripstop-cocoon.html">sac à viande ultra léger</a>.</p>
<p><a href="https://docs.google.com/spreadsheets/d/1HX0YBtbU0f_69qpJf-JMsSvjWJncwQESWkm_pyZsllo/edit?usp=sharing">Voici le tableau que j’utilise pour construire ma config. Je vous laisse l’explorer, le modifier, l’adapter.</a> Dans son franglais, il permet de décrire différentes configurations de comparer leur poids. N’hésitez pas à me demander des détails, j’ai juste commenté ce qui me paraissait important.</p>
<div id="iframe27" class="iframe"><iframe src="https://docs.google.com/spreadsheets/d/e/2PACX-1vQVjDgRoFVVDl8k1zCzd2iPSgQKTzjMrYDkjnuivukS_12ZGZDBsdPnMuD2lsyr95uvjHAJY9qDyxhm/pubhtml?widget=true&amp;headers=false" height="1200px"></iframe></div>
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    <item>
      <title>Covid-19 : quand la centralisation est criminelle</title>
      <link>https://tcrouzet.com/2020/04/26/nos-enfants-vivront-ils-dans-un-monde-de-merde/</link>
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      <dc:creator><![CDATA[Thierry Crouzet]]></dc:creator>
      <pubDate>Sun, 26 Apr 2020 09:25:34 +0000</pubDate>
      <category><![CDATA[Série]]></category>
      <category><![CDATA[Confinement]]></category>
      <category><![CDATA[une]]></category>
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      <description><![CDATA[Un ami ne se sent pas bien, il a un peu de fi&#232;vre, il se teste sur internet, il semble &#234;tre positif, il se rend chez son g&#233;n&#233;raliste qui lui pose les m&#234;mes questions que le test internet et lui donne le m&#234;me diagnostic. &#171;&#160;Prenez du parac&#233;tamol et rentrez chez vous.&#160;&#187; Mon ami est d&#233;pit&#233;. [&#8230;]]]></description>
      <content:encoded><![CDATA[<h3>Confinement #41 | <a href="https://tcrouzet.com/tag/confinement">Sommaire</a> | <a href="https://tcrouzet.com/2020/04/26/nos-enfants-vivront-ils-dans-un-monde-de-merde/">Lire en ligne</a></h3><figure><img src="https://i0.wp.com/tcrouzet.com/images_tc//2020/04/building-5022475_1920.jpg?fit=600%2C276&ssl=1"/><figure/><p>Un ami ne se sent pas bien, il a un peu de fièvre, <a href="https://maladiecoronavirus.fr/">il se teste sur internet</a>, il semble être positif, il se rend chez son généraliste qui lui pose les mêmes questions que le test internet et lui donne le même diagnostic. « Prenez du paracétamol et rentrez chez vous. »<span id="more-54125"></span></p>
<p>Mon ami est dépité. « Mais je n’ai pas cessé de travailler, j’ai croisé beaucoup de personnes ces derniers jours, on ne doit pas faire quelque chose pour eux ? » Le médecin se contente de hausser les épaules avec fatalité.</p>
<p>En rentrant chez lui, mon ami s’arrête à sa pharmacie, qui n’a ni masque pour lui, ni gel hydro-alcoolique. Il a la sensation que la France s’écroule sous ses yeux, que plus rien ne fonctionne. Nous sommes en train d’assister à la faillite de l’État.</p>
<p>Tout le monde constate cet effondrement depuis des semaines, on ne peut que le constater après avoir entendu les mensonges à répétition du Président et de ses ministres, mais quand mon ami me raconte son expérience, son vécu, je ressens le drame plus intensément, physiquement, comme si moi-même j’étais malade.</p>
<p>Mais pourquoi l’administration sanitaire n’a-t-elle pas mis en place une procédure simple pour que mon ami puisse prévenir ses collègues et qu’ils se fassent tester en toute urgence et s’isolent si nécessaire ?</p>
<p>Tester mon ami ne sert à rien puisqu’il est très certainement positif et va se mettre en quarantaine, mais ses collègues peut-être positifs continueront de se transmettre le virus, ce qui aurait pu être évité par quelques tests.</p>
<p>Je ne suis même pas sûr que le manque de tests soit la bonne raison. La vérité encore plus hideuse est sans doute qu’aucune procédure n’a été mise en place pour que les relations d’un positif puissent se faire tester en urgence. Rien n’a été fait pour empêcher la propagation de l’épidémie : l’État est paralysé dans l’indécision. Il dilapide le peu de tests que nous avons de façon inapproprié. Il nous démontre son incapacité à gérer la crise, ce qui révèle son impuissance quotidienne à gérer le pays de manière intelligente, réactive, humaine. Les fonctionnaires transis de peur et impuissants attendent les ordres d’en haut qui ne viennent pas. Et quand ils les devancent, comme certains préfets ou maires, c’est en général pour aller dans le même sens que le gouvernement, pour enfoncer un clou déjà planté de travers.</p>
<p>La faute à l’hypercentralisation. Nous le disons depuis des années, je l’ai théorisé en 2006 dans <a href="https://tcrouzet.com/le-peuple-des-connecteurs/"><em>Le peuple des connecteurs</em></a>, une société complexe doit disposer d’une organisation sociale, et donc administrative, réticulaire.   Il faut décentraliser le plus loin possible, idéalement jusqu’à chacun des citoyens, pour maximiser l’intelligence collective. Nous avons fait le contraire, ne nous appuyant que sur l’intelligence de quelques-uns, des intelligences qui ont démontré et nous démontrent tous les jours leur insuffisance.</p>
<p>Notre gouvernement n’est même plus assez lucide pour prendre conscience de l’impasse dans laquelle il s’est engagé. Il avance à tâtons, les yeux bandés, dans un labyrinthe rempli de pièges.  Il n’a pas le réflexe de demander de l’aide. « Enlevez-moi ce bandeau. Allumez. Jetez-moi une bouée de sauvetage. » Il ignore qu’il est enfermé au fond de sa grotte platonicienne et qu’il existe un extérieur infiniment plus vaste que son espace mental étriqué. Il se croit toujours le plus intelligent, défaut d’orgueil rédhibitoire en la circonstance. Nous l’observons se noyer avec effarement, avec aussi frustration. Que pouvons-nous faire ? La police est toujours à son service, aussi une armée de donneurs de leçons qui ont oublié de brancher leur cerveau, prêts à collaborer avec la pire ignominie, en l’occurrence celle de la bêtise la plus crasse.</p>
<p>Quoi faire par la suite ? Les juger ? Les punir ? Ne pas voter pour eux, et voter pour leurs semblables du bord apparemment opposé, mais tout aussi responsables de la faillite de l’État puisqu’ils l’ont eu à charge durant des décennies, ne cessant d’en cultiver l’impuissance et le coût.</p>
<p>Je suis frustré, dégoûté devant le gâchis qui m’est donné en spectacle. Ça me plombe le moral. Il ne s’agit pas de refaire l’histoire, mais de relever au quotidien tout ce qui devrait être fait et ne l’est pas. Chaque fois que le gouvernement a été mis devant le fait accompli, il n’a rien changé, il a même souvent nié, s’obstinant dans l’erreur.</p>
<div id="image11" class="image"><a href="https://tcrouzet.com/2020/04/26/nos-enfants-vivront-ils-dans-un-monde-de-merde/fbparadoxe/" rel="attachment wp-att-54128"><img src="https://i2.wp.com/tcrouzet.com/images_tc//2020/04/fbparadoxe.jpg?ssl=1" alt="L'injonction paradoxale"></a><div class="legend">L'injonction paradoxale</div></div>
<p>Les exemples ne manquent pas. Le confinement unilatéral pour toute la France alors que les départements étaient diversement touchés. Les mêmes mesures pour les grandes villes et les campagnes. L’interdiction du sport en solitaire hors d’un cercle d’un kilomètre alors que le sport est de l’avis de tous les experts essentiels à la santé d’une population. L’interdiction des voies vertes, des parcs, des plages, des forêts, des montagnes… Le choix de l’autorité contre celui de l’éducation, si bien que nous nous déconfinerons sans ne rien avoir appris. L’incapacité à mobiliser les industriels français pour répondre à l’urgence sanitaire. L’incapacité à admettre ses erreurs et les corriger. L’incapacité à responsabiliser au prétexte que là-haut on serait responsable et qu’on aurait toujours raison. Croire qu’être responsable se limite à obéir alors que souvent la désobéissance s’impose. Faire encore confiance à une économie mondiale en panne pour l’approvisionnement de masques et de tests.</p>
<p>Nous assistons en direct à l’échec d’une méthode dont Macron s’est fait le chantre. La solution passera par la fin du système présidentiel, la fin des scrutins majoritaires, la fin de la centralisation parisienne… Une utopie sans doute, mais que faire d’autre ? La globalisation du monde, c’est la globalisation des problèmes. Leur ubiquité exige des réponses localisées. C’est le paradoxe. Plus les problèmes sont globaux, plus il faut les attaquer localement sans quoi on réduit l’intelligence collective.</p>
<p>La crise Covid-19 nous démontre l’insuffisance de l’intelligence gouvernementale. Continuerons-nous à fonctionner avec un cerveau malade inconscient de sa maladie et qui se croit toujours au plus haut de sa forme ? Que fait-on dans ce genre de situation ? Avant l’invention des antibiotiques, on coupait les membres gangrénés. On est après, faisons preuve de plus d’intelligence, ne nous laissons pas griser par l’idée de révolution, mais vite, très vite, trouvons un chemin vers le renouveau. Car après cette crise, d’autres arrivent, plus terribles. Stocker des masques ne nous aidera pas. Il faut augmenter notre réactivité, notre intelligence. Il y a urgence. Je n’ai pas envie que mes enfants vivent dans un monde de merde à cause de l’aveuglement de nos élites autoproclamée après un scrutin majoritaire sans plus aucune pertinence.</p>
<p>On est un pays gouverné par un seul cerveau alors que nous sommes soixante-sept millions.</p>
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      <title>Le coronavirus met en évidence le clivage privé-public</title>
      <link>https://tcrouzet.com/2020/04/25/le-coronavirus-met-en-evidence-le-clivage-prive-public/</link>
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      <dc:creator><![CDATA[Thierry Crouzet]]></dc:creator>
      <pubDate>Sat, 25 Apr 2020 08:48:42 +0000</pubDate>
      <category><![CDATA[Série]]></category>
      <category><![CDATA[Confinement]]></category>
      <category><![CDATA[une]]></category>
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      <description><![CDATA[Suite &#224; mon explication de pourquoi nous manquons toujours de masques m&#233;dicaux, un expert en propri&#233;t&#233; intellectuelle m&#8217;a fait une double objection. Je r&#233;sume mon raisonnement&#160;: la rupture d&#8217;approvisionnement en solutions hydro-alcooliques n&#8217;a jamais &#233;t&#233; totale parce qu&#8217;elles sont libres de droits contrairement aux masques au standard m&#233;dical qui sont propri&#233;taires et produits uniquement par [&#8230;]]]></description>
      <content:encoded><![CDATA[<h3>Confinement #41 | <a href="https://tcrouzet.com/tag/confinement">Sommaire</a> | <a href="https://tcrouzet.com/2020/04/25/le-coronavirus-met-en-evidence-le-clivage-prive-public/">Lire en ligne</a></h3><figure><img src="https://i2.wp.com/tcrouzet.com/images_tc//2020/04/brev1.jpg?fit=600%2C450&ssl=1"/><figure/><p>Suite à <a href="https://tcrouzet.com/2020/04/24/pourquoi-pas-de-masque/">mon explication de pourquoi nous manquons toujours de masques médicaux</a>, un expert en propriété intellectuelle m’a fait une double objection.<span id="more-54111"></span></p>
<p>Je résume mon raisonnement : la rupture d’approvisionnement en solutions hydro-alcooliques n’a jamais été totale parce qu’elles sont libres de droits contrairement aux masques au standard médical qui sont propriétaires et produits uniquement par le secteur privé.</p>
<h3 class="balance-text">Objection 1 : la complexité</h3>
<p><strong>Fabriquer des masques serait beaucoup plus complexe que des solutions hydro-alcooliques. Mon expert me fait cette démonstration en me décrivant un processus de fabrication de masques nécessitant des machines spécialisées.</strong></p>
<p>Pour fabriquer leurs gels, les industriels utilisent des membranes de filtrations micro-millimétriques ou ultra-millimétriques à haut débit permettent d’écarter les impuretés, mais aussi les spores contaminantes, ce qui garantit la qualité des produits. De même, ils mixent plusieurs alcools (éthilique, isopropilique…) et antiseptiques comme la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Chlorhexidine">chlorhexidine digluconate</a> ainsi que divers émollients. Ces formulations nécessitent des laboratoires de haute précision, d’autant plus quand il est question de fabriquer des dizaines de milliers de flacons par jour. C’est aussi très complexe.</p>
<p>Tout le génie de Didier, et dans ce cas surtout de William Griffiths, a été d’imaginer une formulation simplifiée en même temps qu’ultra efficace, après des dizaines et des dizaines d’essais. Par exemple, William a eu l’idée d’introduire le peroxyde d’hydrogène pour tuer les spores ce qui rend inutile les membranes de haute technologie et donc pas mal de machinerie. Tout a été fait pour que, après deux jours de formation, un pharmacien puisse lancer sa production à partir de <a href="https://tcrouzet.com/2020/03/20/recette-hydroalcoolique-maison-validee-hug/">produits communément disponibles</a> : alcool, glycérol, peroxyde d’hydrogène. <strong>La simplicité n’est pas un fait du hasard mais elle a été recherchée.</strong></p>
<p>Un masque open source devrait obéir aux mêmes règles : être simple à fabriquer tout en offrant un très bon niveau de protection. Il ne sera sans soute pas aussi performant que des masques nécessitant des machineries complexes, mais il restera très satisfaisant, surtout pour un usage grand public.</p>
<p>Il en va de même pour les formulations hydro-alcooliques. Dans les hôpitaux, même aux HUG à Genève, on n’utilise pas les formulations OMS, mais des produits plus sophistiqués qui tuent un spectre plus large de pathogènes, plus vite, plus durablement tout en protégeant mieux la peau des soignants.</p>
<p>La première objection ne tient pas. Un concept de masque open source doit intégrer dans sa conception la simplicité de fabrication et la possible décentralisation de la production, quitte à utiliser les outils grand public d’aujourd’hui comme des imprimantes 3D.</p>
<p>Les formulations hydro-alcooliques ont été pensées pour les pays pauvres, pour les situations de crise. Nous avons besoin d’un modèle de masque répondant aux mêmes critères, mais aussi des modèles de blouse, de surblouse, de gants et des autres équipements médicaux de première nécessité. Plutôt que de les stocker par milliards, nous devons pouvoir les produire partout quand la demande s’accroît soudainement.</p>
<h3 class="balance-text">Objection 2 : les brevets</h3>
<p><strong>Mon expert me rappelle que les brevets ont une durée limitée, souvent de 20 ans. Donc que Didier ait donné ou non les formulations ne changerait rien.</strong></p>
<p>Un petit rappel chronologique. L’OMS a publié les formulations en 2009. Depuis, grâce à cette publication, une soixantaine de pays pauvres fabriquent des solutions hydro-alcooliques et les soignants sauvent des millions de vies, et désormais c’est le monde qui fabrique ces solutions, sans demander l’avis d’un ayant droit.</p>
<p>Si Didier Pittet n’avait rien fait, nous en serions toujours à utiliser les produits industriels qui même s’ils étaient tombés dans le domaine public seraient trop complexes à fabriquer dans les laboratoires souvent précaires. Nous serions en rupture de stock, dépendant d’un lointain fournisseur relocalisé en Chine.</p>
<p>Comment nous en sortirions-nous en ce moment ? D’où viendraient les solutions que fabriquent les officines ou les parfumeurs ? Nous ferions quoi ? Nous serions en train de fouiller <a href="https://worldwide.espacenet.com/patent/search">les archives de brevets</a> pour déterrer une formulation périmée, dont nous ne connaîtrions même pas l’efficacité ? Nous serions tout simplement dans la panade comme nous le sommes avec les masques dont certains modèles ne sont plus brevetés. Mais est-ce que ces brevets désormais libres de droits changent quelque chose pour nous, là, tout de suite ? Vous voyez bien que non.</p>
<p>Un produit ouvert, ce n’est pas juste un brevet, c’est toute une philosophie, avec le partage d’une abondante documentation, d’un savoir-faire, de retours d’expériences, de travaux scientifiques de validation, de mise à l’épreuve sur le terrain.</p>
<p>C’est un processus ouvert. Les formulations hydro-alcooliques OMS n’ont pas évoluées depuis 2009, mais rien ne l’empêche et les pays pauvres n’auront pas besoin d’attendre vingt ans pour disposer de cette innovation. Par exemple, le protocole de lavage des mains, partie intégrante du don, est en train d’évoluer vers la méthode <a href="https://www.cambridge.org/core/journals/infection-control-and-hospital-epidemiology/article/revisiting-the-who-how-to-handrub-hand-hygiene-technique-fingertips-first/BB3A23BD9AC25DF05B52DD9F0E4E1F41">le bout des doigts d’abord</a>, dont on a démontré en 2017 qu’elle était plus efficace que celle initialement proposée. Tout cela évolue en continu, sans impliquer sans cesse de nouveaux brevets qui repousseraient l’échéance du domaine public.</p>
<div id="image15" class="image"><a href="https://tcrouzet.com/2020/04/25/le-coronavirus-met-en-evidence-le-clivage-prive-public/5-moment-hand-hygiene-12-728/" rel="attachment wp-att-54114"><img src="https://i2.wp.com/tcrouzet.com/images_tc//2020/04/5-moment-hand-hygiene-12-728.jpg?ssl=1" alt="Fingertip first"></a><div class="legend">Fingertip first</div></div>
<p>Prenons l’analogie informatique : Windows et macOS évoluent sans cesse. Ils ne sont jamais tombés dans le domaine public. Qui voudrait d’ailleurs d’un système d’exploitation d’il y a vingt ans, qui serait figé dans le passé ?</p>
<p>Le Sterillium, le premier gel hydro-alcoolique commercialisé en 1965, est toujours commercialisé, mais c’est un autre produit. Les industriels sont assez malins pour apporter régulièrement des innovations pour que leurs produits gardent une longueur d’avance sur les brevets déposés vingt ans plus tôt.</p>
<p>Un produit breveté qui évolue, et tout produit de pointe doit évoluer, ne tombe jamais dans le domaine public, sauf s’il y est versé sciemment.</p>
<p>En donnant les formulations et les protocoles qui les accompagnent, Didier a fait en sorte que tous les humains soient égaux vis-à-vis de cette innovation indépendamment de ses évolutions, indépendamment de leurs ressources, ici et maintenant.</p>
<p><a href="https://masques-barrieres.afnor.org/?_ga=2.109099909.1859290521.1587717282-340244931.1587717282">L’AFNOR propose un plan open source de masque.</a> C’est très bien, ça va dans le bon sens, nous aurons une solution pour la prochaine crise, mais le travail reste immense pour être sûr qu’il s’agit d’une bonne solution, ou même de la meilleure solution possible en l’état de nos connaissances et technologies.</p>
<p>Les formulations hydro-alcooliques ont été testées durant quinze ans avant d’être libérées, avant que leur efficacité et leur innocuité soient démontrées. L’open source ne se résume pas à balancer une esquisse, il faut faire le travail jusqu’au bout, et même plus loin que ne le fait un industriel, car il faut toujours penser à la faisabilité dans toutes les conditions.</p>
<p>Rien de tout cela n’accompagne un brevet quelconque tombé dans le modèle public : risque qu’il soit dépassé technologiquement, risque qu’il soit trop compliqué, risque qu’il ne soit pas suffisamment efficace…</p>
<p>C’est aussi à cette efficacité que sert une solution open source. Elle fixe un standard minimum. Avant que Didier n’entreprenne sa campagne pour l’hygiène des mains, les produits disponibles sur le marché étaient de piètre qualité. Les industriels se sont améliorés parce que le produit en open source était déjà un très très bon produit. Il se passe la même chose avec Windows et macOS face à Linux.</p>
<p>La seconde objection ne tient pas davantage que la première. La question de la supériorité du libre sur le privateur ne fait aucun doute en ce qui concerne la boîte à outils des essentiels de l’humanité. La pandémie Covid-19 nous démontre que le secteur privé est défaillant en temps de crise. Nous ne pouvons pas lui faire confiance dans ces moments.</p>
<p>Retiendrons-nous la leçon ? Je n’en sais rien, je ne peux que l’espérer. Est-ce que nous aurons un vaccin libre, on peut le rêver. <a href="https://www.france24.com/fr/20200424-covid-19-l-oms-mobilise-le-monde-sans-les-%C3%A9tats-unis-pour-un-acc%C3%A8s-universel-aux-vaccins">L’OMS invite à créer une ressource commune sans utiliser le mot de bien commun, mais on n’en est pas loin.</a> Ce serait le signe que nous changeons d’époque. Les autres mesures ne seront que broutilles, que sparadraps sur jambes de bois.</p>
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      <title>Voilà pourquoi nous manquons de masques</title>
      <link>https://tcrouzet.com/2020/04/24/pourquoi-pas-de-masque/</link>
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      <dc:creator><![CDATA[Thierry Crouzet]]></dc:creator>
      <pubDate>Fri, 24 Apr 2020 07:00:46 +0000</pubDate>
      <category><![CDATA[Série]]></category>
      <category><![CDATA[Confinement]]></category>
      <category><![CDATA[une]]></category>
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      <description><![CDATA[Sur les r&#233;seaux sociaux, un titre change le destin d&#8217;un article, et sur le Net en g&#233;n&#233;ral, et aussi dans la presse. Hier, j&#8217;ai utilis&#233; un titre manifeste, mais j&#8217;aurais pu construire diff&#233;remment mon article. Alors voici un rewriting qui int&#233;ressera peut-&#234;tre les apprentis journalistes. Presque quatre mois apr&#232;s le d&#233;but de la pand&#233;mie, nous [&#8230;]]]></description>
      <content:encoded><![CDATA[<h3>Confinement #41 | <a href="https://tcrouzet.com/tag/confinement">Sommaire</a> | <a href="https://tcrouzet.com/2020/04/24/pourquoi-pas-de-masque/">Lire en ligne</a></h3><figure><img src="https://i1.wp.com/tcrouzet.com/images_tc//2020/04/medical-4929813_1920.jpg?fit=600%2C450&ssl=1"/><figure/><p>Sur les réseaux sociaux, un titre change le destin d’un article, et sur le Net en général, et aussi dans la presse. Hier, <a href="https://tcrouzet.com/2020/04/23/covid-19-pour-un-vaccin-en-bien-commun/">j’ai utilisé un titre manifeste</a>, mais j’aurais pu construire différemment mon article. Alors voici un rewriting qui intéressera peut-être les apprentis journalistes.<span id="more-54103"></span></p>
<hr>
<p>Presque quatre mois après le début de la pandémie, nous manquons toujours de masques de qualité médicale et nous risquons d’en manquer encore longtemps malgré les promesses du Président. Pourquoi ? La réponse n’est pas celle communément entendue.</p>
<p>Comme la plupart des autres pays, la France a renoncé à son outil industriel et s’est rendue dépendante de la Chine pour s’approvisionner. Conséquence 1. Quand la Chine a besoin de masques, elle les garde pour elle. Conséquence 2. Quand elle retrouve un excédent, elle le vend aux plus offrants et c’est la guerre, les Occidentaux s’entredéchirant pour cette ressource d’un niveau technologique proche de zéro. Très bien joué du côté chinois.</p>
<p>Nous n’avons toujours pas de masques à cause d’une stratégie commerciale qui démontre ses limites (enfin pourrait-on dire). Mais est-ce la seule raison ? Pourquoi les solutions hydro-alcooliques ont-elles été en rupture seulement pour une période réduite ? Pourquoi les pharmacies en proposent-elles à nouveau ?</p>
<p>La réponse est simple : Didier Pittet et son équipe des HUG ont rendu publiques deux formulations hydro-alcooliques en 2009 via l’OMS. Ils ont publié des guidelines pour expliquer leur fabrication et leur utilisation. Depuis plus de dix ans, partout dans le monde, surtout dans les pays pauvres, des pharmaciens préparent des solutions hydro-alcooliques. Pas de brevet, pas de droits, juste un devoir de qualité. Alors quand les solutions ont manqué en Occident, des pharmaciens occidentaux se sont également mis au travail.</p>
<p>Mais aucun masque n’a été versé au compte des biens communs de l’humanité, aucun plan n’a été rendu public, aucune stratégie libre de droits et validée n’a été promue. Résultat : le temps passe et rien ne se passe ou presque. Nous en sommes réduits à fabriquer nos propres masques sans avoir aucune idée de leur efficacité.</p>
<p>Cette histoire démontre la puissance des biens communs en temps de crise, en temps de détresse, en temps d’imprévu. Des temps vers lesquels nous fonçons, nous le savons, parce que nous sommes de plus en plus nombreux, de plus en plus imbriqués, de plus en plus interdépendants dans une biosphère essoufflée. Ne croyons pas que nous réussirons à défaire cet écheveau à moins d’une évaporation soudaine de la moitié d’entre nous. Nous sommes entrés dans un nouvel état de l’humanité et nous avons besoin d’une nouvelle logique si nous voulons survivre. S’appuyer sur un domaine public fort est une nécessité, et même une urgence.</p>
<p>Un problème se pose pour l’avenir immédiat : celui du vaccin qui nous permettra de vivre avec le coronavirus. Sera-t-il un bien privé ou un bien public ? On peut espérer que <a href="https://www.larecherche.fr/covid-19-biologie-sant%C3%A9/%C2%AB-notre-vaccin-est-fond%C3%A9-sur-une-strat%C3%A9gie-connue-%C2%BB">si l’Institut Pasteur le met au point en premier</a>, il aura le génie visionnaire de le libérer. Mais quid si c’est un industriel ? Les États pourraient le forcer à rendre publique sa découverte. Un Bill Gates pourrait acheter le brevet et le libérer. Mais sinon nous nous retrouverons dans la même logique qu’avec les masques.</p>
<p>Le choix des biens communs est-il une utopie ? Didier Pittet l’a fait avec les formulations hydro-alcooliques, des milliards perdus pour lui, Jonas Salk l’a fait pour le vaccin de la polio, encore des milliards perdus, Christian Drosten vient de le faire pour son test de dépistage du coronavirus, encore beaucoup d’argent perdu. Mais perdu pour qui ? Pour quelques individus pendant que l’humanité y gagne. Ces donateurs méritent que nous élevions leur statue, méritent d’être nos héros, méritent que les États assurent leurs besoins et financent leurs recherches. Voilà ceux qui doivent être nos prix Nobel.</p>
<p>Il ne s’agit pas d’une utopie, mais d’un problème d’éthique individuelle et collective. Aussi de la façon dont nous jugeons du succès, célébrons nos contemporains. Tant que Jeff Bezos fera plus fantasmer que Pittet, ou Salk, ou Drosten, notre monde tournera de travers. Nous devons réviser notre conception du héros contemporain. Alors peut-être vivrons-nous dans un monde plus respirable.</p>
<hr>
<p>Je n’ai strictement rien dit d’autre que dans l’article précédent, mais c’est un tout autre article. J’en ai fini pour l’exercice de style. Je suis curieux de voir s’il sera davantage lu. Je suis donc en train de faire une expérience éditoriale, en open source, puisque j’affiche mes intentions. Reste que ce que je dis me paraît de la plus haute importance pour l’avenir. Je suis prêt à me répéter s’il le faut.</p>
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      <title>Covid-19 : pour un vaccin libre de droits</title>
      <link>https://tcrouzet.com/2020/04/23/covid-19-pour-un-vaccin-en-bien-commun/</link>
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      <dc:creator><![CDATA[Thierry Crouzet]]></dc:creator>
      <pubDate>Thu, 23 Apr 2020 08:07:37 +0000</pubDate>
      <category><![CDATA[Série]]></category>
      <category><![CDATA[Confinement]]></category>
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      <content:encoded><![CDATA[<h3>Confinement #41 | <a href="https://tcrouzet.com/tag/confinement">Sommaire</a> | <a href="https://tcrouzet.com/2020/04/23/covid-19-pour-un-vaccin-en-bien-commun/">Lire en ligne</a></h3><figure><img src="https://i2.wp.com/tcrouzet.com/images_tc//2020/04/032720_PolioHistory_01.jpg?fit=600%2C400&ssl=1"/><figure/><p>La possibilité d’un monde d’après différent du monde d’avant est à l’épreuve dès maintenant et nous ne tarderons pas à découvrir ce monde. Soit nous resterons dans le modèle nous maintenant dans un cycle catastrophique en accélération, soit nous en changerons pour nous adapter à la complexité croissante qui s’accompagne d’un haut degré d’incertitude.<span id="more-54090"></span></p>
<p>Si un laboratoire trouve un vaccin contre le Convid-19 et le brevette pour faire le jackpot, rien n’aura changé. Certains croient que le capitalisme est en crise en ce moment. En vérité, il est en train d’être nettoyé de ses cancrelats. Regardez le cours des actions des GAFAM. Par exemple, Microsoft est presque à son plus haut historique, sans même parler d’Amazon. La crise n’est pas pour tout le monde. S’il doit y avoir un changement, il viendra de la politique, non pas du capitalisme.</p>
<div id="image2" class="image"><a href="https://tcrouzet.com/2020/04/23/covid-19-pour-un-vaccin-en-bien-commun/microsoft/" rel="attachment wp-att-54092"><img src="https://i1.wp.com/tcrouzet.com/images_tc//2020/04/microsoft.png?ssl=1" alt="Action Microsoft"></a><div class="legend">Action Microsoft</div></div>
<p>Un vaccin non breveté, en open source, versé sur le compte des biens communs est-ce un fantasme ? Non, puisque nous avons au moins un précédent. Extrait de <em>Adapter pour adopter</em>, le livre sur lequel je travaille :</p>
<blockquote><p>
  Aux États-Unis au début des années 1950, après avoir travaillé pour l’armée américaine, Jonas Salk installe son laboratoire à l’université de Pittsburgh, en Pennsylvanie, où il devient professeur. Grâce à une bourse de l’Infantile Paralysis Foundation, il met au point le premier vaccin contre la poliomyélite. En 1955, après plus d’un million de tests, le vaccin est déclaré efficace. Salk décide de ne pas le breveter, renonçant potentiellement à 7 milliards de dollars. Ses raisons : en tant que professeur, il estime avoir de quoi vivre heureux. Conséquence : partout dans le monde, les laboratoires peuvent fabriquer le vaccin à moindre coût. Dans le domaine médical, libérer une innovation sauve des vies par millions.
</p></blockquote>
<p>Nous avons un autre exemple, plus que d’actualité. À ce jour, notre arme principale contre le Covid-19 est l’hygiène des mains par friction hydro-alcoolique. On ne le dit pas assez, mais c’est le geste barrière numéro un, celui qui réduit de plus de 80 % les chances de contamination. Mettre un masque sans pratiquer l’hygiène des mains, c’est non seulement quasiment inutile, mais contre-indiqué, parce que se croyant protégé on laisse traîner partout ses mains, ramasse le virus ou le dépose. Porter un masque de manière efficace est un art difficile.</p>
<p>Il se trouve que Didier Pittet et son équipe des HUG ont fait avec les formulations hydro-alcooliques le même chose que Jonas Salk : ils nous ont donné sans rien demandé en échange. Et si aujourd’hui, après une brève pénurie, on ne manque plus de gel, c’est parce que les formulations hydro-alcooliques sont libres de droits, parce qu’elles sont un bien commun, et que de ne nombreuses bonnes volontés se sont mises à les produire dès que la demande a augmenté.</p>
<p>Pourquoi n’avons-nous pas de masques ? Tout simplement parce qu’avant la crise aucun de fiable, de testé, de suffisamment simple à produire n’avait été versé au compte des biens communs. Nous avons fait confiance à l’économie de marché, partant du principe qu’elle était la plus efficace, et nous avons eu la démonstration que cette assomption était fausse. Nous en sommes réduits à faire appel à des industriels qui spéculent, se font la guerre, se vendent aux plus offrants. Résultat : les masques arrivent au compte goûte.</p>
<p>Pas de scandale d’État pour les formulations hydro-alcooliques parce qu’elles obéissent à une autre logique civilisationnelle, à une autre économie que j’ai appelée économie de paix dans <a href="https://tcrouzet.com/le-geste-qui-sauve/"><em>Le Geste qui sauve</em></a>, livre lui-même libre de droits.</p>
<p>Pourquoi personne ne parle de tests Covid-19 brevetés ? <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Christian_Drosten">Parce que Christian Drosten et son équipe ont libéré dès la mi-janvier le test qu’ils ont mis au point.</a></p>
<p>Un autre monde est possible, nous avons commencé à le construire, nous avons même commencé à imaginer des monnaies elles aussi ouvertes, libres, non centralisées, d’une certaine façon nous disposons déjà des outils de ce monde d’après, mais allons-nous en faire le choix ? Ou allons-nous effectuer un repli nationaliste, avec pour seule décision la relocalisation des industries en deçà des frontières ?</p>
<p>Quelques observations…</p>
<p>Des problèmes globaux (sanitaires, économiques, climatiques…) exigent des réponses globales parce qu’ils ne s’arrêtent pas aux frontières.</p>
<p>Pour que ces réponses globales soient envisageables, il faut des institutions globales effectives, clairvoyantes, représentatives, démocratiques… Tout le contraire du nationalisme.</p>
<p>Si ces institutions sont centralisées, par exemple installées à New York ou à Genève, elles n’ont rien de global. Les institutions globales doivent donc elles-mêmes être globales, c’est-à-dire décentralisées.</p>
<p>Pour que des réponses et des actions globales soient possibles, nous devons tous disposer des mêmes outils, des outils libres de droits et d’usage. Nous avons besoin d’une vaste boîte à outils de biens communs.</p>
<p>Ces outils doivent pouvoir être mis en œuvre partout, dans les pays riches et les pays pauvres. Il serait catastrophique de les concentrer dans un pays, voire une région dans ce pays.</p>
<p>La globalisation des crises implique la décentralisation industrielle, voire son atomisation, ce qui implique de repenser nos modèles de production. Pour faire des économies, on n’en est pas réduit à concentrer, ce qui implique une fragilité évidente en cas de crise et, en temps ordinaire, des coûts de transport prohibitifs en termes écologiques, coûts bien sûr négligés jusqu’à aujourd’hui.</p>
<p>Il ne s’agit pas d’une vision postcommuniste. Les formulations hydro-alcooliques sont un bien commun et des industriels réussissent à très bien gagner leur vie avec. Mais il y a automatiquement des garde-fous. Pas de pénurie possible, pas d’ultra-spéculation. C’est une économie active, mais pacifiée, une économie pour une civilisation plus harmonieuse et surtout plus dynamique, plus réactive, plus souple en cas de catastrophe. Et si nous adoptions une monnaie du même type, elle aurait les mêmes qualités.</p>
<p>Il ne s’agit pas de verser toutes nos créations au compte des biens communs, mais de construire une boîte à outils pour l’humanité, avec des médicaments essentiels, des outils essentiels, des œuvres d’art essentielles, une monnaie éthique et globale. Chaque fois que nous imaginons quelque chose, chaque fois que nous inventons, nous devons nous demander s’il serait judicieux ou nom de le libérer. Nous devons tous mener cette interrogation éthique et la société doit nous rétribuer si nous pensons le don nécessaire. Didier Pittet a pu le faire parce que comme Jonas Salk il était professeur de médecine, donc payé par l’État. Si nous recevions tous un revenu universel, nous serions tous dans la même situation, nous pourrions donner plus naturellement.</p>
<p>Les États jouent un rôle central dans la crise Covid-19, venant notamment au secours de l’économie de marché, qui soudain comme à chaque crise découvre que la main invisible n’est qu’une chimère. Mais qu’est-ce qu’un État sinon un service public, donc un bien commun. Nous avons déjà entamé cette bascule vers davantage de biens communs, il suffit de la poursuivre en évitant l’écueil de la centralisation : la boîte à outils doit être partout et pour tous, problématique étrangère à la logique des États centralisés. Si nous recevions un revenu universel, nous serions en quelque sorte tous des fonctionnaires, l’État changerait soudain de nature. Le futur reste à imaginer, mais nous pouvons dès aujourd’hui marcher vers lui… surtout parce que la route du nationalisme ne fera que nous préparer à des déconvenues plus grandes à la prochaine catastrophe.</p>
<p><em>PS : Si le vaccin était libre de droits, en open source, ça mettrait automatiquement fin aux théories du complot et couperait l’herbe sous les pieds des antivax.</em></p>
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    <item>
      <title>Réponse de la Fédération Française de Cyclisme</title>
      <link>https://tcrouzet.com/2020/04/22/reponse-de-la-federation-francaise-de-cyclisme/</link>
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      <dc:creator><![CDATA[Thierry Crouzet]]></dc:creator>
      <pubDate>Wed, 22 Apr 2020 08:41:46 +0000</pubDate>
      <category><![CDATA[Série]]></category>
      <category><![CDATA[Born to Bike]]></category>
      <category><![CDATA[une]]></category>
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      <description><![CDATA[Suite &#224; ma lettre ouverte &#224; la FFC, Yannick Pouey, son secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral m&#8217;a appel&#233; pour me r&#233;pondre de fa&#231;on officielle et en m&#234;me temps personnelle, conversation non enregistr&#233;e, donc que ma m&#233;moire risque de d&#233;former. Je m&#8217;en excuse d&#8217;avance. Bien s&#251;r, ma lettre a d&#233;plu &#224; Yannick, surtout par son ton vindicatif. Je lui [&#8230;]]]></description>
      <content:encoded><![CDATA[<h3>Born to Bike #59 | <a href="https://tcrouzet.com/tag/borntobike">Sommaire</a> | <a href="https://tcrouzet.com/2020/04/22/reponse-de-la-federation-francaise-de-cyclisme/">Lire en ligne</a></h3><figure><img src="https://i2.wp.com/tcrouzet.com/images_tc//2020/04/P1100994.jpeg?fit=600%2C450&ssl=1"/><figure/><p><a href="https://tcrouzet.com/2020/04/16/lettre-a-la-federation-francaise-de-cyclisme/">Suite à ma lettre ouverte à la FFC</a>, Yannick Pouey, <a href="https://www.ffc.fr/la-federation/organisation/organigramme-be/">son secrétaire général</a> m’a appelé pour me répondre de façon officielle et en même temps personnelle, conversation non enregistrée, donc que ma mémoire risque de déformer. Je m’en excuse d’avance.<span id="more-54080"></span></p>
<p>Bien sûr, ma lettre a déplu à Yannick, surtout par son ton vindicatif. Je lui ai dit avoir fait mien le mot d’ordre de Léon Bloy : « On ne voit bien le mal de ce monde qu’à condition de l’exagérer. » Yannick m’a juré que lui ou un de ses collègues m’aurait répondu même si ma lettre avait été plus modérée, qu’ils tentaient de répondre à tout le monde, ce qui j’imagine doit être une tâche gigantesque par les temps qui courent. Il m’a rappelé qu’il était bénévole. Je lui tire mon chapeau pour son dévouement.</p>
<p>Il m’a demandé de lui résumer mon propos. Je lui ai dit que mon principal grief était que la fédération avait parlé au nom de tous les cyclistes et non de ses seuls adhérents. On n’en serait pas là si cette précision avait été introduite.</p>
<p>Yannick m’a expliqué que la fédération n’était pas vraiment indépendante : le gouvernement a une influence sur elle (pour ne pas dire une emprise). En gros, si j’ai bien compris nuances et sous-entendus, la fédération a dit ce que le gouvernement lui a dit de dire, un gouvernement qui n’a pas osé interdire le vélo loisir/sportif par décret, mais qui a demandé à la plus haute autorité cycliste du pays de le faire à sa place, même si elle est juridiquement incompétente dans ce domaine.</p>
<p>Il faut se replacer dans le contexte de la mi-mars. C’est la panique côté gouvernement. <a href="https://tcrouzet.com/2020/04/05/pourquoi-le-confinement-etait-la-seule-strategie-possible/">Après avoir nié la gravité de la crise sanitaire durant des semaines</a>, Macron le 6 mars déclarant à la sortie du théâtre : « La vie continue. Il n’y a aucune raison, mis à part pour les populations fragilisées, de modifier nos habitudes de sortie. », c’est soudain le branle-bas de combat. On se réveille, on se rend compte qu’on n’a pas de masques, de blouses, de respirateurs, que les hôpitaux sont sous tension, on est en guerre du jour au lendemain et le bon peuple doit se ranger comme un seul homme derrière nos chefs de guerre. Il n’est pas question qu’un cycliste aille encombrer les services d’urgence déjà mis à mal. Yannick m’a fait une belle analogie. « Si on avait été en 14 ou en 40, on aurait une nouvelle fois pris une belle raclée. »</p>
<p>J’entends l’argument martial, même si je l’estime déplacé, même si je pense qu’il était inadapté, ce que nous démontrent les pays qui ont été plus modérés <a href="https://tcrouzet.com/2020/04/20/une-preuve-de-linutilite-du-confinement/">comme l’Allemagne ou la Suisse et qui s’en sortent mieux que nous face à la pandémie</a>. Mais pourquoi s’en prendre aux cyclistes ? Pourquoi ne pas aussi interdire la trottinette, le roller, le footing ? Pourquoi ne pas mieux réguler les marchés, les supermarchés, les transports en commun ? Pourquoi s’en prendre à nous ? Yannick m’a avoué à demi-mots qu’on avait payés pour tout le monde comme si nous devions servir d’exemple.</p>
<p>Rien du point de vue de la gestion de l’épidémie ne justifiait l’interdiction des sports individuels praticables à partir de chez soi. Les quelques bénéfices éventuellement retirés, moins d’accidents, étant de loin inférieurs aux avantages procurés pour la santé. Encore une fois, le choix de l’Allemagne et de la Suisse nous le montre.</p>
<p>Je comprends maintenant la réaction de la fédération, mais ne l’excuse pas moins. Un fort en gueule à sa tête aurait pu s’opposer au gouvernement, lui faire changer d’avis ou au moins lui faire porter le chapeau, plutôt que d’assumer à sa place. Mieux, ce fort en gueule aurait pu aller chercher des médecins du sport pour argumenter à ses côtés, dans un souci de santé publique. C’est bien la le fond du problème. La décision prise n’a pas servi les Français, <a href="https://www.3bikes.fr/2020/04/19/les-sportifs-les-incrimines-du-confinement/">un quart d’entre nous pratiquant un sport individuel</a>. Cette décision était à courte vue, une façon de parer au plus pressé, sans la moindre vision d’ensemble.</p>
<p>Avec Yannick, nous avons en suite parlé de l’avenir, le plus important désormais. Il m’a juré que <a href="https://www.bigbike-magazine.com/actu-la-ffc-va-elle-enfin-prendre-parti-pratiquants">la fédération faisait tout pour le vélo soit au centre de la stratégie de déconfinement</a>, qu’il soit même encouragé, cela le plus vite possible. Peut-être après deux mois d’errance allons-nous finir par imiter les Allemands et les Suisses.</p>
<p>Je lui ai suggéré que la fédération devait écrire des guidelines pour les cyclistes en temps de pandémie. Lister les gestes simples et les habitudes à prendre pour éviter de propager le virus par nos déplacements. Je lui ai même proposé de les aider et de soumettre ces guidelines aux plus grands spécialistes mondiaux du contrôle et de la prévention des infections avec qui je travaille. Yannick a noté mon idée, sans me jurer que la fédération lui donnerait suite.</p>
<p>Plus nous avons parlé, plus nous avons pris conscience que nos points de vue convergeaient plus que divergeaient. Après tout, nous aimons tous les deux le vélo. Nous nous sommes quittés bons amis, mais je resterai attentif. Je n’ai pas envie que les cyclistes soient pris comme bouc émissaire, ce qui est le cas depuis le début du confinement, les cyclistes étant parfois traités comme des malfrats. Lors de mon tour quotidien dans mon cercle d’un kilomètre, j’ai vu des gendarmes me regarder avec un air suspicieux pour le moins désagréable. J’étais à vélo, j’étais coupable de je ne sais quel crime… pendant que des voitures me croisaient en toute impunité. Nous avons du boulot en France.</p>
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      <title>Le coronavirus est-il région dépendant ?</title>
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      <comments>https://tcrouzet.com/2020/04/21/tes-pas-dans-la-bonne-region-tu-meurs/#respond</comments>
      <dc:creator><![CDATA[Thierry Crouzet]]></dc:creator>
      <pubDate>Tue, 21 Apr 2020 12:12:52 +0000</pubDate>
      <category><![CDATA[Série]]></category>
      <category><![CDATA[Confinement]]></category>
      <category><![CDATA[une]]></category>
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      <description><![CDATA[Les chiffres &#171;&#160;semblent&#160;&#187; dire que plus la pand&#233;mie commence tard, moins elle est grave, et cela apparemment ind&#233;pendamment des politiques de sant&#233; publique, comme si elles avaient que peu d&#8217;effet. Le moment compterait plus que tout autre param&#232;tre. Suite &#224; cette interrogation sur l&#8217;utilit&#233; ou non du confinement, des lecteurs se sont l&#233;gitimement demand&#233; si [&#8230;]]]></description>
      <content:encoded><![CDATA[<h3>Confinement #41 | <a href="https://tcrouzet.com/tag/confinement">Sommaire</a> | <a href="https://tcrouzet.com/2020/04/21/tes-pas-dans-la-bonne-region-tu-meurs/">Lire en ligne</a></h3><figure><img src="https://i1.wp.com/tcrouzet.com/images_tc//2020/04/reg0.jpg?fit=600%2C450&ssl=1"/><figure/><p>Les chiffres « semblent » dire que plus la pandémie commence tard, moins elle est grave, et cela apparemment indépendamment des politiques de santé publique, comme si elles avaient que peu d’effet. Le moment compterait plus que tout autre paramètre.<span id="more-54069"></span></p>
<p><a href="https://tcrouzet.com/2020/04/20/une-preuve-de-linutilite-du-confinement/">Suite à cette interrogation sur l’utilité ou non du confinement</a>, des lecteurs se sont légitimement demandé si une analyse région par région nous donnerait d’autres enseignements. J’ai donc récupéré <a href="https://www.eficiens.com/corostats/openstats/open_stats_coronavirus.csv">les données détaillées de morbidité en France</a>, j’ai pondéré les chiffres en fonction des <a href="https://www.insee.fr/fr/statistiques/fichier/4265429/ensemble.zip">populations des régions</a> et j’ai tracé les mêmes courbes que pour les pays.</p>
<h3 class="balance-text">Morts/pop – linéaire</h3>
<div id="image2" class="image"><a href="https://tcrouzet.com/2020/04/21/tes-pas-dans-la-bonne-region-tu-meurs/reg1/" rel="attachment wp-att-54071"><img src="https://i1.wp.com/tcrouzet.com/images_tc//2020/04/reg1.png?ssl=1" alt="Morts par région"></a><div class="legend">Morts par région</div></div>
<p>Ce graphique nous montre ce que nous savons déjà, que le Grand Est et l’Île-de-France sont les plus touchées, que la Nouvelle-Aquitaine et l’Occitanie sont relativement épargnées. On observe aussi une différence de dynamique, plus une région est touchée plus la courbe monte rapidement, phénomène d’accélération qui ne semble jamais se produire dans les régions moins touchées.</p>
<h3 class="balance-text">Morts/pop – logarithmique</h3>
<div id="image4" class="image"><a href="https://tcrouzet.com/2020/04/21/tes-pas-dans-la-bonne-region-tu-meurs/reg2/" rel="attachment wp-att-54072"><img src="https://i1.wp.com/tcrouzet.com/images_tc//2020/04/reg2.png?ssl=1" alt="France en log"></a><div class="legend">France en log</div></div>
<p>En logarithme, les écarts d’amplitude sont tassés, ce qui permet de mieux voir les tendances. Les débuts des courbes sont chaotiques parce que la pandémie commence lentement (effet chaotique invisible sur les pays à cause d’un grand nombre de cas). Mais on retrouve le même phénomène qu’avec les pays. Plus une région est touchée tardivement, moins elle monte haut (et réciproquement). En revanche, l’évolution est comparable (même courbe à l’échelle près, les courbes se croisent rarement).</p>
<p>Comme la politique de santé est la même partout, je ne peux pas tirer les mêmes conclusions que pour les pays, à savoir émettre l’hypothèse d’un tassement de la pandémie indépendamment des politiques de santé.</p>
<p>L’explication la plus probable reste que le confinement étant survenu plus tôt au regard du développement de la pandémie dans certaines régions, il y a freiné son développement. <a href="https://tcrouzet.com/2020/04/09/quand-le-gouvernement-nous-ment-preuves/">Cela confirme que plus on confine tôt, plus c’est efficace.</a> Mais rien n’empêche qu’un autre phénomène soit en jeu (par exemple, plus le virus frapperait tard, moins il serait virulent).</p>
<p>Bien que partie tard en l’Île-de-France, la pandémie se rapproche au fil des jours de la situation dans le Grand Est, sans doute parce que la densité de population complique la distanciation sociale.</p>
<p><a href="https://www.voici.fr/news-people/actu-people/video-olivier-veran-qui-sont-les-nouveaux-cas-positifs-au-coronavirus-il-repond-678918">Quand Olivier Véran affirme que nous n’avons pas assez ralenti la pandémie à cause d’un relâchement du confinement</a>, il se trompe probablement. Ou bien il faudrait que le même phénomène se soit produit de manière homogène dans toute la France, au même rythme, pour que les courbes restent alignées. C’est peu probable. La vérité est moins drôle : nous continuons à nous contaminer, parce que ce virus possède un R0 élevé. Et nous continuerons à le faire après le confinement.</p>
<h3 class="balance-text">Avec la Lombardie</h3>
<div id="image10" class="image"><a href="https://tcrouzet.com/2020/04/21/tes-pas-dans-la-bonne-region-tu-meurs/reg3/" rel="attachment wp-att-54073"><img src="https://i1.wp.com/tcrouzet.com/images_tc//2020/04/reg3.png?ssl=1" alt="Avec la Lombardie"></a><div class="legend">Avec la Lombardie</div></div>
<div id="image11" class="image"><a href="https://tcrouzet.com/2020/04/21/tes-pas-dans-la-bonne-region-tu-meurs/reg4/" rel="attachment wp-att-54074"><img src="https://i0.wp.com/tcrouzet.com/images_tc//2020/04/reg4.png?ssl=1" alt="Avec la Lombardie"></a><div class="legend">Avec la Lombardie</div></div>
<p>Est-ce un phénomène franco-français ? <a href="https://www.kaggle.com/sudalairajkumar/covid19-in-italy">Il suffit d’ajouter la Lombardie pour vérifier que non.</a> Commencée beaucoup plus tôt, l’explosion italienne est partie comme une flèche, tout en suivant la même trajectoire que les régions françaises parties plus tard.</p>
<p>On peut imaginer que la trajectoire à Wuhan : Avec plus d’un mois d’avance, elle a dû être cataclysmique. Seuls les voisins de la Chine, habitués à ses mensonges, l’ont compris et se sont claquemurés assez tôt pour se protéger.</p>
<p>Que je sois clair, je ne vois toujours pas ce qu’on aurait pu faire d’autre que confiner au moment où la décision a été prise. Ne rien faire et attendre un miracle aurait été une folie. Un soignant soigne dès qu’il entrevoit une possibilité de le faire.</p>
<p>Les courbes US et suédoise n’en continuent pas moins de m’intriguer parce qu’elles ressemblent à celles des autres pays, et même des régions étudiées plus haut, malgré des politiques de confinement anarchiques ou inexistantes.</p>
<p>Sinon le confinement, quel miracle pourrait expliquer ce phénomène ? J’en suis réduit aux hypothèses.</p>
<ol>
<li>Plus un pays entre tard dans l’épidémie, plus il le fait à l’approche des beaux jours, ce qui pourrait indiquer une saisonnalité ou virus.</li>
<li>Si le R0 était très élevé, peut-être que tout le monde ou presque serait déjà plus ou moins infecté, et qu’une immunité de groupe serait en train de s’installer (mais ça ne colle pas, aucune raison que le virus alors fasse moins de dégâts quand la pandémie commence plus tard).</li>
<li>Au contraire, si le R0 est relativement faible, il suffit d’une distanciation sociale approximative pour le faire passer en dessous de un et calmer la propagation (mais encore une fois la courbe n’aurait alors aucune raison d’être plus basse plus tard dans la saison).</li>
<li>Le virus peut-être mute au fur et à mesure qu’il se propage et perd de sa virulence, ce qui expliquerait que la morbidité atteigne assez vite un plateau.</li>
</ol>
<p>Pas d’autres solutions que d’attendre et de voir comment les choses évolueront.</p>
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